En juin dernier, Klô Pelgag enflammait littéralement la scène du festival de Tadoussac au Québec avec un show fiévreux. L’occasion pour Maze d’enfin rencontrer la chanteuse pour évoquer son dernier album Abracadabra, la création et la magie. Rencontre.
Avec son quatrième album, Abradabra, sorti en octobre de l’année dernière, Klô Pelgag donne à sa musique un aspect plus expérimental, tourné vers les synthétiseurs. Entre ombre et lumière, désespoir et espoir, douceur et ardeur, cet album apporte un peu de magie bienvenue et elle le défend sur scène comme une transe incantatoire faisant vibrer tout le public du festival de la chanson de Tadoussac. Quiconque a goûté à un show de Klô Pelgag, n’est pas prêt de l’oublier, nous les premiers.
Revenons sur ton dernier et quatrième album Abracadabra sorti le 11 octobre 2024. Tu l’as nommé d’après cette traditionnelle formule magique, est-ce qu’il y avait le désir d’apporter musicalement un peu de magie dans notre monde actuel, qui tourne mal, et peut-être, à titre personnel, aussi, de se guérir d’une forme de désespoir ?
Oui, au début c’était en réaction au génocide palestinien, puis à toute cette violence ambiante et, effectivement, à mon hypersensibilité par rapport à tout ça. Je voulais avoir l’espoir qu’en disant un mot dit « magique » cela fonctionne et inspire les gens à le dire. Si ça pouvait fonctionner ce serait incroyable. Puis, c’est aussi le jeu de prendre un mot désuet, ridicule, connoté, et en faire autre chose, lui donner un second souffle comme une autre vie. Le spectacle visuel, ce n’est pas du velours mauve et des chapeaux noirs, donc je trouve ça intéressant de déconstruire des thèmes ou des concepts dans la vie.
Penses-tu que la magie peut passer par la transmission de la musique ?
Oui, la musique a ce pouvoir-là de te faire sortir d’une émotion pour te faire entrer dans une nouvelle, puis d’apaiser aussi. Et même de réaliser des choses sur soi-même, quand c’est quelqu’un d’autre qui les nomme, ça peut donner d’autres perspectives sur la vie et plus d’empathie et d’émancipation. Je pense que ça a vraiment ce pouvoir là non négligeable, même si c’est quand même une pratique qui est intangible comme l’art.
Et personnellement ça te guérit de faire de la musique, de composer et d’écrire ?
Je sais pas ce que serait ma vie sans ça, sans cette partie-là de moi. Je suis convaincue que je serais moins émancipée, moins bien dans ma peau.
« Quand j’ai découvert les synthétiseurs, ça me permettait de traiter ces sons là comme si j’avais un orchestre au bout des doigts. »
Klô Pelgag
Ton dernier album s’ouvre sur un morceau complètement instrumental. Le synthétiseur est beaucoup plus présent que dans tes précédents opus, peux-tu en dire un mot ?
Il était entré dans Notre-Dame-des-Sept-Douleurs. J’avais besoin d’aller dans cette direction. Quand j’ai découvert les synthétiseurs, ça me permettait de traiter ces sons là comme si j’avais un orchestre au bout des doigts, qui coûterait moins cher, et avec une dimension plus expérimentale, instinctive, directe. Donc ça a été une révélation, puis ça m’a permis justement de comprendre, de repousser mes compétences en musique, d’aller plus loin, d’être plus autonome, de créer un monde.
Ce fut une grande découverte pour moi, le synthétiseur, peut-être que c’est pour mieux revenir à quelque chose de plus acoustique que je pourrai encore mieux comprendre et diriger comme je l’ai expérimenté avec les synthétiseurs.
Justement, tu as entièrement conçu Abracadabra : écriture, composition mais aussi arrangements et réalisation. Avais-tu envie de tout contrôler ? Est-ce qu’il y a une part de perfectionnisme là-dedans ?
D’une part, j’étais prête pour ça et de l’autre le collaborateur avec lequel je travaillais depuis longtemps n’était pas en état pour faire un album à ce moment-là. Au départ, je me demandais avec qui je pourrais travailler car c’est tellement intime de partager cette chose-là avec des gens. Puis mon voisin et ami qui a mixé l’album, Pierre Girard, m’a dit de le faire moi-même, que j’en étais capable et que j’avais tout ce qu’il fallait dans mon studio.
J’ai eu la chance d’être encouragée pour le faire. Mais oui, c’est après ça que je suis devenue un peu control freak parce que c’est comme si j’avais plus d’outils qu’au début quand je faisais de la musique, plus de points de vue, plus d’expériences qui sont appliquées à cet album-là.
« C’est peut-être la chose la plus transparente que j’ai fait jusqu’à maintenant. »
Klô Pelgag
L’écriture de tes textes, et ce depuis ton premier album, puise dans la poésie. Quand on lit tes paroles sans musique, ça reste cohérent et sublimé même si la musique est très présente. Qu’est ce qui t’inspire à ce niveau-là ? Lis-tu de la poésie ?
Je ne lis pas beaucoup de poésie, mais je vois de la poésie dans les choses et je suis quelqu’un de sensible. C’est un peu ma façon de m’exprimer de façon instinctive, c’est naturel. Sur cet album-là il y a des propos encore plus clairs et des images. C’est peut-être la chose la plus transparente que j’ai fait jusqu’à maintenant.
Est-ce que la mélancolie est un moteur de création et d’écriture pour toi ?
Malheureusement, oui. J’ai un projet de faire un album joyeux, j’aimerais bien arriver à le faire un jour. Mais c’est sûr que c’est plus facile d’écrire des chansons tristes plutôt que des chansons joyeuses pour moi, parce que c’est un sentiment qui t’envahit tellement, tandis que quand je suis dans la joie ou dans la simplicité, personnellement j’ai envie d’être avec mes amis et de vivre. Donc c’est pour ça qu’il y a plus de musiques tristes dans mes albums.
Après, il y a un contraste, car si tes textes peuvent être sombres, les mélodies sont souvent très lumineuses… Comment crées-tu ces morceaux ? Les textes viennent-ils avant la composition musicale ?
Oui, ce sont plusieurs choses qui se côtoient. Pour la création, c’est un peu tout en même temps. Là, en ce moment, j’ai une chanson en chantier qui n’a pas de texte mais je trouve ça difficile de rajouter un texte après si on ne l’a pas fait sur le moment. Mais j’essaie parce que c’est plus facile pour moi de faire de la musique que d’écrire des textes.
Il y a ce morceau dans l’album, « Lettre à une jeune poète » inspirée de Rilke et adressée à ta fille. C’était un besoin en devenant mère, de t’adresser à elle par la musique ?
C’est venu comme ça sans réfléchir. Elle est sortie à ce moment-là. Je pense que c’est une période anxieuse avec des choses difficiles à comprendre, notamment à quel point il y a de la violence dans le monde et alors tu réalises que tu as mis quelqu’un au monde et tu espères que tout va bien se passer. C’est le fait de réaliser ça et aussi la confiance et l’espoir.
En parlant d’espoir, il est aussi présent dans la danse, musicalement mais on pense à ces paroles de « Deux jours et deux nuits » où tu dis « Danser pour toujours, danser à mon secours », est-ce que l’espoir pourrait venir de là ?
Ce morceau, c’est plutôt une expérimentation, un exercice de style, je dirais. J’aimais bien l’image de quelqu’un qui danse pour survivre, comme une danse effrénée dans le silence, à côté d’un phare, puis une lumière qui approche. C’était comme une image cinématographique pour moi dans ma tête.
Ce n’est pas la première fois que tu viens ici au festival de Tadoussac, ça te rend heureuse de revenir ?
J’ai fait les Chemins d’écriture au début des années 2010 et à chacun de mes albums je crois que je suis revenue. Il a rarement fait aussi beau. C’est comme une renaissance, un nouveau festival grâce au soleil.








