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FESTIVAL D’AVIGNON – « MAMI », l’éblouissant livre d’images de Mario Banushi

MAMI Mario Banushi
© Christophe Raynaud de Lage

Le metteur en scène Mario Banushi compose avec MAMI un hommage muet aux femmes de sa vie. Ce spectacle aux images somptueuses s’impose comme l’une des révélations de ce festival d’Avignon.

« Tu as eu des coups de cœur ? », s’est-on entendu demander à la volée, à environ chaque étape de cette 79e édition du Festival d’Avignon. Au milieu de réponses mitigées — les spectacles seraient moins bons cette année —, un nom se fraie timidement un chemin. Et ce nom-là, c’est rare, est tout à fait inconnu : il s’agit de Mario Banushi, quelque 26 ans au compteur, aucune création jamais montrée en France, seulement trois premiers spectacles joués en Grèce, pays dans lequel cet Albanais d’origine a émigré avec sa famille. Le bruit court si bien, et si fort, que l’on se rend au gymnase du lycée Aubanel voir MAMI avec la certitude d’assister à un chef d’œuvre. Et le chef d’œuvre est bien au rendez-vous — à quelques détails près, nous y viendrons.

La jeune pièce assume dès ses premières minutes un parti pris ambitieux : MAMI est totalement muette. Pas facile, se dit-on, de donner du sens à une création qui, à priori, ne nous dira rien. Fort heureusement, dans les entretiens qu’il a menés en amont du festival, le metteur en scène annonçait la couleur. La pièce, promettait Mario Banushi, est en fait un hommage aux femmes de sa vie : mère, grand-mère, sœurs… Nous voici donc scotchés sur notre siège, tandis que sur scène, une petite maison au bout d’un chemin de terre s’éclaire. Une femme, seule sur un brancard s’y allonge. Elle est enceinte jusqu’au cou, et bientôt, elle accouchera en hurlant. Une fois le bébé sorti de son ventre, elle fermera la porte de la maison au nez du spectateur. Un bout de robe vient s’y coincer. Lorsqu’elle ressortira de l’habitacle, elle sera une vieille dame chancelante.

De belles trouvailles scéniques

La somme de toutes ces belles trouvailles scéniques laisse coi. Quelle belle idée, que cette femme qui entre jeune, et sort vieille ! Et puis, a-t-on déjà vu au théâtre, une vieille femme se faire changer sa couche par un plus jeune ? Chaque image nous frappe alors par sa beauté, à la fois simples et pourtant très théâtrales. Mario Banushi les enchaîne ainsi, comme l’on se promènerait dans une peinture, dans un livre d’image halluciné et silencieux, avec pour seule bande son les basses d’une guitare.

La mécanique se brouille un peu à mi-parcours, lorsque ces tableaux magnifiques sortent de ce cadre, si universel, planté au départ. Voilà qu’une femme, tout juste mariée et nue comme au jardin d’Eden, se fait chiper son mari par un autre homme. Plus loin, deux hommes nus se battent. Sans moyen de raccrocher les wagons, on s’égare parfois dans la fresque qui ne perd à aucun moment la beauté qui la caractérise. Voilà donc pour le chef d’œuvre : visuel, assurément. Pour le reste, il faudra suivre avec attention le travail de ce si jeune homme dont le talent ne fait pas de doute.

MAMI de Mario Banushi. Du 13 au 18 juillet au Festival d’Avignon. En tournée à l’Odéon – Théâtre de l’Europe du 9 au 16 avril 2026.

Journaliste

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