Le jeune danseur formé par Anne Teresa de Keersmaeker, déçoit avec cette œuvre en forme de recherche sur la notion d’éphémère.
Ça se passe si vite que l’on en vient à se demander ce que l’on a vu, exactement. Présenté dans la Cour du lycée Saint-Joseph, Derniers feux met la gomme. Le spectateur est d’abord plongé dans le noir avant d’être tiré de sa torpeur par un trompettiste. La performance — bruyante, c’est rien de le dire —, s’étire de longue minutes. C’est ça, le spectacle ? Non, bien sûr. Voici alors qu’un feu d’artifice nous explose à la figure. Sur scène, quelques danseurs débarquent et brandissent en direction du public des fringues colorées hissées le long d’une poutre. Ça commence sérieusement à s’agiter, ici bas. Voici que, dans un joyeux bordel, une grande troupe s’affaire, comme pour un déménagement. Ça bouge des trucs, des objets. Du fond de la cour, on extirpe pêle-mêle d’immenses lettres en carton, qui, mises bout à bout, devraient permettre d’écrire « Derniers feux ». La boucle serait bien bouclée.
Mais boucler la boucle, il n’en est pas question pour Némo Flouret. Le chorégraphe-trentenaire, aperçu à plusieurs reprises dans les créations d’Anne Teresa de Keersmaeker, entretient avec un soin certain le chaos bordélique qu’il a créé. Sur l’échaffaudage disposé en fond de scène (scénographie signée par l’inénarable Philippe Quesne), on grimpe et on redescend dans un rythme frénétique. De petits bonshommes, sapés façon dessin animé eighties assemblent des plaques de bois au sol. Plutôt : ils les transportent, les hissent, les laissent tomber. Répétition. Même chose avec des poutres. Puis, enfin, avec les lettres en carton géantes. Un guitariste-chanteur offre un hymne rock et bienvenu à l’ensemble. Ça danse partout et, en même temps, ça danse assez peu.
Pétard mouillé ?
Si l’on est honnête deux minutes, on doit bien admettre qu’elle n’est pas si désagréable, cette cacophonie ambiante. On apprécie le décor technicolor, son ambiance de jeu vidéo. Le côté chaotique et répétitif, on l’avait déjà apprécié deux ans plus tôt (et au même endroit !) dans le fantastique One Song de Miet Warlop, qui avait organisé un foutraque marathon musical, mêlant sueur et rock music dans une performance explosive. Il y a un peu de One Song dans Derniers feux, à ceci près que le feu, justement, n’advient jamais. Une fois le décor assemblé par les performeurs sur scène — était-ce ça, le but de la performance ? —, la petite équipe s’achemine vers le ciel avec un long pétard en forme de tige. Manque de bol, rien ne se produit.
On continue alors, comme si l’on n’était pas passé à côté du point d’orgue du spectacle. Les petits bonshommes, tout à leur déménagement, remballent. Adios, les lettres, assemblées sur l’échaffaudage, qui n’auront jamais formé les mots « Derniers feux » en entier. On n’aura jamais vu ce que l’on voulait voir. En revanche, on aura été bien éblouis. Surtout en fin de spectacle, lorsqu’un danseur entame une chorée avec le projecteur braqué sur le public, histoire que l’on n’y voie rien. Décidement, le jeune Némo Flouret déjoue nos attentes de spectateur avec un tel zèle, qu’en bout de course, on a vraiment l’impression de n’avoir rien vu.
Derniers feux, de Némo Flouret. Du 19 au 25 juillet 2025 au Festival d’Avignon. En tournée les 26 et 27 septembre au festival Actoral, à Marseille.








