Marsatac, jour 3. La Valentina a ouvert le bal sur la scène du Château, la mainstage. Français, espagnol, rap, salsa, drill, latine, et boom-bap, sa musique est plurielle.
Chantant en français comme en espagnol, elle puise ses inspirations aussi bien du côté du rap français que de la salsa. Ces couleurs, La Valentina les conçoit en compagnie de son producteur et manager Tonio 8cho, et plus largement des membres du collectif 8FOR6. Après un passage aux émissions Nouvelle École et Dans le Club ainsi qu’aux sélections des tremplins Buzz Booster et MaMa Music, elle est aujourd’hui sur scène à Marsatac pour nous entraîner dans un univers où frontières linguistiques et musicales s’estompent. Une heure après son concert, Maze a pu échanger avec celle qui a fait ses armes dans les open-mic marseillais. Rencontre.
Comment s’est passée ta performance sur scène tout à l’heure ?
La Valentina : Trop bien ! C’était l’un des plus beaux challenges de ma vie car je connais cette scène en tant que public. C’était tellement un honneur. Je suis tellement remplie de gratitude : pour cette invitation, pour avoir pu le faire en tournée avec mon équipe et avec un public trop mignon, trop sympa, à l’ouverture du dernier jour de ce festival.
Je n’avais jamais entendu ma voix sur une aussi grande scène avec des retours aussi gros. C’était un moment de vie immense. Heureusement, j’ai travaillé mon cardio parce que Dolso, elle a tué ça. Ma DJ, elle était trop forte, elle me donnait de la force. Je l’entendais derrière moi, je me disais « OK, tout peut arriver, mais au moins je sais qu’il y a des gens pour m’épauler, pour me rattraper s’il y a quoi que ce soit ».
Franchement, quelle dinguerie d’avoir commencé il y a deux ans et demi dans notre petit studio, enfermés, et de se dire qu’aujourd’hui on a la chance et l’opportunité de pouvoir faire ce genre de scène. Ce n’est que le début, on a encore énormément de choses à apprendre et à travailler, mais quelle beauté.
Comment est-ce que tu en es arrivée à faire de la musique ?
La Valentina : Dans ma famille, on écoute énormément de musique, donc j’ai toujours été baignée dans la salsa, le rock, le rap. J’ai grandi en écoutant Tandem, Lunatic, La Cliqua, Rocca, de la musique ancienne mélangée avec des sons latinos. En plus de ça, j’avais deux grands frères qui écrivaient des poèmes ou du rap. Je voulais faire comme eux donc j’écrivais un peu, en cachette, mais je ne leur montrais pas trop. Pour moi, ils écrivaient trop bien pour qu’ils écoutent ce que je faisais.
J’ai fini par rencontrer plein de gens à Marseille qui faisaient du rap et beaucoup de freestyle. Je me suis dit qu’il fallait que j’essaye. Et après, je me suis prise au jeu. Donc, j’ai continué à écrire dans mon coin. Ça fait très peu de temps que j’ai sorti mes premiers morceaux, mais ça fait un moment que j’écris et que je suis passionnée par le rap.
Et la danse, ça fait aussi beaucoup partie de ton identité ?
La Valentina : Ouais, effectivement. J’ai suivi un cursus de mes quatre à mes vingt-et-un ans. J’ai fait de la danse en conservatoire d’abord, puis dans une école un peu plus poussée au niveau de la technique. J’ai aussi fait partie d’une compagnie. La danse, c’est vraiment un truc qui m’a bercée tout au long de ma vie. Maintenant, je ne fais plus ça avec autant d’intensité parce que j’ai la musique. La danse, elle prenait ma vie de 8h à 23h, tous les jours.
Est-ce que tu peux me parler un peu de ton rapport au live, au concert ?
La Valentina : Le live pour moi c’est super important. J’ai eu la chance d’être plongée sur scène avec mon cursus de danse. Je faisais énormément de spectacles, de présentations, de shows. J’ai toujours eu cet amour pour la scène : préparer un truc pendant hyper longtemps et, finalement, avoir la chance de pouvoir le partager avec émotion et énergie. Avec la musique, c’était comme une évidence de travailler la scène et d’y mélanger la danse et ma passion pour le live. J’essaye de travailler ça à fond, bien qu’il y ait toujours des choses à améliorer et à faire évoluer.
La scène, c’est l’endroit où tu ne peux qu’être honnête parce que la réaction du public est directe. L’interaction est vraiment réelle. En plus des morceaux, c’est aussi l’endroit où tu peux passer les messages que t’as envie de transmettre. J’ai toujours un stress avant de monter sur scène parce que j’ai envie de bien faire, mais dès que je mets un pied sur scène, je profite, je kiffe, et je suis tellement bien entourée que je me sens vraiment comme chez moi.
En parlant de ton entourage, il y a Tonio, la DJ qui était avec toi tout à l’heure…
La Valentina : C’est ça, c’est Ladurso, qui est DJ, photographe et fait plein d’autres métiers. Dans notre équipe, on a l’habitude d’avoir des multi-casquettes. On fait de tout. Mon entourage, ça va être Tonio 8cho, FLS Productions avec qui on forme le 846, mais qui est aussi composé de ma graphiste qui s’appelle Studio Pushkar. Et maintenant, il y a notre nouvelle coéquipière, Ladurso, ma DJ, EXO, et Luna aussi, avec qui on travaille au niveau du tour. On a vraiment un entourage hyper hétéroclite avec plein de gens qui font plein de choses pour le show et tout l’à-côté aussi. C’est trop lourd.
Tout à l’heure, tu disais que tu écrivais depuis longtemps. Est-ce que quand tu écrivais plus jeune, tu écrivais aussi en espagnol ?
La Valentina : J’ai grandi dans une famille où la culture à la maison était différente de celle à l’extérieur, qui était le français donc, j’ai toujours aimé mélanger les langues. Pour moi, c’était une évidence de retranscrire mon quotidien dans mes textes. Mélanger les langues n’a jamais été un défi difficile. J’avais aussi des sources d’inspiration qui utilisaient le bilinguisme dans leur musique ou leur art. C’est le cas de Rocca, par exemple, un artiste franco-colombien. Il était un repère pour moi. Il arrivait à complètement changer entre les couplets. J’avais aussi mes frères et mon quotidien.
Quand j’ai commencé, évidemment, je me cherchais en terme d’écriture. J’avais plus de mal à être poétique en français et je réussissais mieux en espagnol. Je voulais être plus crue en français. Au début, c’était vraiment une recherche d’écriture plus qu’une recherche de changement de langue. Pour moi, c’était une évidence.
Et maintenant, tu continues d’associer chaque langue à un thème ou à des émotions ?
La Valentina : Maintenant, ça a changé. J’arrive à tout faire dans les deux langues. Je peux être crue en espagnol, poétique en français. Grâce aux prods de Tonio, j’associe parfois des émotions à une langue, mais parfois non. C’est vraiment un mélange, ça peut varier.
Ton dernier projet s’appelle Del amor y otros demonios, pourquoi ce nom ?
La Valentina : En fait, quand on travaillait sur le projet avec Tonio, on avait la volonté de se rapprocher de ce qui nous faisait envie. Moi, de mes racines musicales, et lui, de la production, et la pousser au maximum. Les thèmes de la rage, de la colère, de l’amour et de l’espoir revenaient souvent. Tout ce qui fait que t’es un humain en fait. Ces moments diffractés où tu fais face à beaucoup de démons et d’autres qui sont des moments de pur amour.
Je suis hyper fan de l’auteur Gabriel Garcia Marquez qui a écrit un livre intitulé « El amor y otros demonios ». Un jour, en studio, on était en train d’écrire et de composer. J’ai levé la tête vers l’étagère et j’ai vu le livre. Je me suis dit :« Mais attends, c’est une dinguerie ». On avait fini le projet et je me demandais comment l’appeler. C’était une évidence de l’appeler exactement comme ce livre-là qui représentait le parcours au niveau du texte et de la production musicale de notre projet.
L’émission Dans le Club d’ARTE Concert a réalisé une vidéo sur ta préparation pour ton concert à la Boule Noire le 25 octobre 2023, qui était d’ailleurs ta première scène solo. À un moment, vous racontez une anecdote de production : Tonio a utilisé le son extrait d’une vidéo d’une vendeuse d’ananas dans la rue pour créer l’instru de « +57 ». C’est complètement improbable ! Est-ce que c’est une approche de production que vous souhaitez conserver pour vos projets futurs ?
La Valentina : Ces aspects-là se font vraiment au feeling. C’est de l’expérimentation. On a envie de tester des choses et de créer des sonorités à partir de différents trucs. C’est ce qui nous fait kiffer, avec Tonio, quand on produit. On cherche des influences et des samples un peu fous, on essaye de les découper d’une certaine manière. Tonio fait en sorte de produire quelque chose qui nous plaît à tous les deux pour que je me sente à l’aise de chanter ou rapper dessus et, ensuite, on continue à ajouter des couches de création, comme un millefeuille.
Comment savez-vous quand un projet commence et se termine ? Comment as-tu su que tu voulais faire un album et que tu avais tes morceaux prêts ?
La Valentina : Franchement, je vais être honnête, je ne sais pas. Pour Del amor y otros demonios, la création de cet EP est partie d’une volonté de créer de la musique qui nous plaît et nous représente. L’été dernier, avec Tonio, on s’est enfermés et on s’est dit qu’on n’allait pas partir en vacances pour pouvoir rester ensemble et produire de la musique. Au fur et à mesure, on a créé une effervescence. On était productifs. On a créé une couleur musicale qui nous correspondait. À un moment donné, on s’est dit que tous ces morceaux ensemble allaient devenir un projet.
Tonio : Oui, c’est vraiment ça. Créer quelque chose, c’est surtout capturer un instant de création. Tout ce qui est créé sur une courte période va être cohérent parce que c’est produit dans le même mood. Une fois l’été terminé, on a hésité à ajouter des morceaux, mais on s’est dit « Non, on a capturé l’instant avec ces titres-là, maintenant on passe à autre chose ».
Pouvez-vous parler de l’évolution entre votre premier et votre deuxième projet ?
La Valentina : Encantada représentait vraiment notre rencontre professionnelle. On voulait collaborer concrètement sur le plan artistique et pousser nos recherches ensemble. On a sorti une série de freestyles pour représenter le début de notre collaboration. Ce qui a changé, c’est qu’on a évolué chacun de notre côté. J’ai travaillé sur moi, Tonio a bossé aussi, et notre vision de la musique a évolué. On essaie toujours de progresser, d’apprendre des choses et d’apporter quelque chose de nouveau. Quand on s’est rencontrés, Tonio faisait des prods depuis peu de temps.
Tonio : Oui, j’ai commencé pendant le confinement, en 2020. Quand on s’est rencontrés, ça faisait un an et demi que je produisais. J’ai beaucoup appris grâce à cette collaboration. Mes influences ont évolué aussi. Chaque création est une progression. Par exemple, la façon dont Valentina pose sa voix maintenant est liée au fait qu’elle a progressé.
La Valentina : Je me laisse plus la liberté d’explorer ma voix, d’essayer des mélodies. Avant, j’avais plus de réserves sur mes capacités. Maintenant, j’essaye et, au pire, si j’échoue, c’est du plus. C’est ce qui est beau dans notre collaboration, il y a une bienveillance mutuelle. On se voit évoluer, c’est une forme de miroir.
Vous vous verriez faire des featurings ?
La Valentina : Oui, franchement, de fou ! Mais on ne va pas en dire plus pour l’instant (rires).








