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Rencontre avec Oete – « Je prends mon album comme une thérapie en soi »

©Yann Orhan

A l’occasion du MaMA Music & Convention, Maze a rencontré l’étoile montante de la chanson pop française Oete.

Entre deux conférences et concerts de la convention, nous avons pris le temps de nous poser avec Thibaut pour discuter danse, mélancolie et paillettes.

Comment t’es-tu mis à la musique ?

J’ai fait une école de cirque quand j’étais ado. Je l’ai faite six ans, fini à 17 ans donc de 11 à 17 ans, toute l’adolescence quoi. Je voulais faire de la musique depuis le début mais c’était trop inaccessible d’un certain côté et puis le cirque, ça allait dans la continuité de la danse que j’avais pu faire avant. 

C’est quelque chose que tu te sers maintenant un peu sur scène ?

Ça m’aide beaucoup sur scène. Ça m’a beaucoup appris. Je faisais du tissu aérien, c’était ma spécialité, c’est tout dans le mouvement du corps et une sorte de danse aérienne articulée avec beaucoup de musculation autour d’un tissu. Du coup, ça me sert beaucoup sur scène, dans mon expression scénique et dans la danse que je fais très instinctivement, mais je ne le pratique plus à ce jour.

Voudras-tu t’y remettre à un moment donné ?

Pourquoi pas y retourner à un moment mais j’étais dans une école spécialisée pour ça et du coup il y avait quelque chose de très militaire pour entrer dans des cirques comme le Cirque du Soleil. Je crois que je n’aimais pas trop le fait que ça devienne une obligation et moins une passion.

Pour parler maintenant de ta musique, je trouve que c’est un doux mélange entre le disco qui est dansant, et une certaine nostalgie dans les paroles et dans ta voix. Je voulais savoir si c’était une sorte de thérapie pour toi de chanter des paroles intenses sur une musique plutôt dansante ?

Je prends mon album comme une thérapie en soi. C’est comme si je m’étais assis avec mon enfant, mon ado et que je leur faisais un gros câlin. Maintenant je suis la lumière vers « la vie d’adulte ». Mais je crois surtout que j’ai envie de proposer quelque chose de très libérateur. C’est le fait de pouvoir danser sur des choses qui ne sont pas forcément drôles de base, qui sont plutôt assez dures. Tous ces obstacles, toutes ces névroses, toutes ces choses que je raconte, le fait de pouvoir danser dessus, c’est à la fois formuler une sorte de victoire, mais aussi d’être victorieux de ça et de s’en libérer le maximum possible. 

La deuxième facette de ta musique, c’est qu’elle pourrait passer comme une bande originale d’un film. Un plan d’une fin de soirée, calme mais encore des gens qui dansent. Comment la vois-tu ?

Je crois que je vois très rarement les fins de soirée parce que je suis toujours le mec à partir à minuit trente. Je ne fais pas trop la fête. Mais je comprends cet aspect nostalgique de la fin, je pense que c’est comme s’il y avait quelque chose qui venait nous toucher assez directement et assez fortement et du coup il y a comme un impact de mélancolie qui arrive et on se dit qu’il faut aller dormir maintenant. 

Pour toi la mélancolie n’est pas forcément négative ?

Ce n’est absolument pas négatif. Je suis quelqu’un d’assez mélancolique dans la vie de tous les jours même si je suis sagittaire donc assez optimiste aussi. En fait j’essaye surtout de la libérer au maximum. Moi c’est vraiment ça, cet esprit libérateur quoi, comme je disais tout à l’heure mais c’est une mélancolie un peu heureuse. 

J’en parle souvent parce que j’aime beaucoup cette idée, mais c’est un peu comme la Saudade, ce sentiment entre nostalgie et mélancolie pas forcément triste.

Pour moi, ce n’est pas quelque chose d’hyper triste. Enfin c’est pas fondamentalement triste j’ai envie que les gens écoutent mes musiques et puissent vivre 15 000 histoires et ressentir 15 000 choses mais pas que de la tristesse, je pense qu’il y a beaucoup de choses très heureuses là-dedans aussi. 

Quelle serait la soirée parfaite pour toi ?

Une bonne compil de Niagara entre tout ça un petit un petit Taxi Girl et on finit avec du Ascendant Vierge, bien fort et tout ça dans un appartement parce que je n’aime pas trop les soirées ou il faut payer beaucoup de verres au bar, c’est cher. Dans un appartement avec peu ou avec beaucoup de monde genre 15 personnes, ça c’est une bonne soirée.

En parlant de Niagara, tu as repris une chanson pourquoi celle-là ?

Je l’ai repris à un moment où ça me parlait beaucoup, on était en pause covid, on finissait juste de finir le covid. « Pendant que les champs brûlent, j’attends que mes larmes viennent », j’avais l’impression que tout le monde brûlait autour de moi et que moi j’étais au milieu. C’était comme si j’étais aseptisé de tout ça et à la fois, ça me touchait énormément et je trouvais que cette chanson résumait bien ce chaos dans lequel on vivait 

Tu la joues toujours sur scène ?

Sur scène non parce qu’il y a d’autres surprises et une autre reprise mais en fait, j’ai repris Niagara de manière très simple parce que j’aime beaucoup Niagara et que c’était assez sacré pour moi. C’était plus comme un petit hommage mais je n’avais pas envie de me l’approprier parce que pour moi cette chanson est parfaite de base. Je la trouve bien comme elle est, j’ai envie de la laisser là où elle est. 

Est-ce que tu aurais une découverte musicale ou culturelle à nous partager ?

J’ai fait une découverte au niveau de la danse mais c’est fini, c’était La Horde que j’ai pu voir au Théâtre de Châtelet. C’était fantastique et sinon en termes de musique je dirais Zaho de Sagazan, elle me transperce énormément. Yoa aussi qui fait de la pop un peu bedroom et je trouve qu’elle amène en France ce qu’on peut voir dans pleins d’artistes plutôt américaines. Je la trouve assez dingue de par ses paroles, de par ses sujets de par ses mouvements. Mais tous les Inouïs en général, sont de très belles découvertes.

En rapport avec cette notoriété qui grandit, comment toi, tu vis avec ça ? 

Je ne sais pas trop comment le définir et je crois que ce n’est pas quelque chose qui me préoccupe plus que ça. Moi ce qui m’intéresse surtout c’est que ma musique puisse être écoutée et je sors un album et parfois, je me demande qui va l’écouter. Si je peux accroître le nombre de personnes qui écoutent ma musique et qui sont touchées par ma musique, je suis trop content et c’est une victoire. Après la popularité directe, certes ça vient avec, mais ce n’est pas la chose première.

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