MUSIQUEMusique en bref

MUSIQUE EN BREF #2 – Nostalgie estivale

visuel par Guillaume Lacoste

Toutes les deux semaines, les journalistes de Maze vous proposent un tour d’horizon des albums et EP qui ont fait l’actualité musicale.

Niteroy – Cachoeira

Cachoeira est le deuxième EP que le Rennais réalise après Dia de Chuva, creusant encore plus profondément dans les références bossa nova et psyché. Cachoeira est une municipalité de l’État de Bahia, situé sur la partie nord du Brésil près de la ville côtière Salvador. C’est ici que le musicien nous amène grâce à ses cinq titres entraînants. L’esthétique visuelle de l’EP, en particulier avec la pochette de celui-ci, est très géométrique avec des couleurs naturelles tirant davantage sur des teintes chaudes. 

Les sonorités se croisent et l’EP est à lui-même un voyage maritime, entre bossa nova dansante avec une voix chaude, à la diction parfaite sur Estrela Doente et des titres plus mélancoliques et ambient sur Paraty, résultant d’une nostalgie certaine du temps qui passe.

Si les codes des grands musiciens comme Rodrigo Amarante sont respectés, Niteroy amène une touche tout à fait originale psychédélique, planante et parfois même burlesque dans ses clips.

Sortie le 30 septembre 2022

Coup de cœur : Paraty, Universo, Estrela Doente

Eva Duc

Tamino – Sahar

Hautes étaient les attentes du public envers ce nouvel opus. Après le succès critique d’Amir, la barre l’était tout autant pour le Belge-Égyptien. Sur une toile de soie, l’artiste s’étend et s’exécute, avec une douceur qui nous était encore inconnue. Il tisse sa folk dès l’ouverture du disque (The Longing) avant de s’aventurer sur des terres plus rock (Fascination), en gardant son spleen signature.

Invitée surprise, sa compatriote Angèle se fraye aussi un chemin au milieu de l’opus, pour le merveilleux Sunflower. Sur le papier, la collaboration n’a rien d’alléchante. Il n’en est rien : leurs voix se mêlent dans un refrain aérien, accompagnées d’un piano et d’une atmosphère jazz. Un peu à l’image de l’album, qui aurait pu être pré-fabriqué pour satisfaire un plus grand public, mais au contraire n’est que plus riche en émotions et surprises sonores.

Sortie le 23 septembre 2022

Coups de cœur : Fascination, The Longing, You Don’t Own Me, Cinnamon, Sunflower

Robin Schmidt

Thomas Guerlet – How Strange To Be Anyone ?

Le crooner parisien Thomas Guerlet dévoile un premier album surprenant How Strange To Be Anyone ? suintant le sexe, l’amour et la soul. Dès le premier morceau Get Lazy on se retrouve comme dans un grand lit, entouré de bougies, cigarette à la bouche et verre de vin à la main.

L’amour à la française, chanté en anglais certes, mais le vibrato sensuel de la voix grave du chanteur ne peut que vous charmer. Parsemé de prises de voix de tête pop et séduisantes comme sur la balade acoustique aux effluves jazz bossa nova de Can’t You See, ou encore le puissant titre The Derailer, vous succomberez à l’énergie douce et folle de ce premier opus. Les draps bougent et se mélangent au groove du superbe She Don’t Want To Dance, accompagné de la voix sucrée de Miki.

Puis l’apogée de cet effort reste l’indomptable balade acoustique Nobody Knows que le public se fera un plaisir de chanter en chœur lors de concerts intimes (23 novembre à la Boule Noire). Un album parfait pour les nuits tendres, parfois dangereuses ou excessives, ou parfois romantiques et soyeuses.

Emplie de chimères et d’amour, voilà la bande son désirable d’une vie à deux.

Sortie le 16 septembre 2022

Coups de cœur : tout l’album.

Thomas Soulet

Benjamin Biolay – Saint-Clair

C’est la bénédiction du mois de septembre  : Saint-Clair, le dixième album de Benjamin Biolay, débarque deux ans après Grand Prix. Pour célébrer sa dizaine flamboyante, le chanteur nous livre pas moins de 17 titres enregistrés dans un studio bruxellois en compagnie de ses musiciens de scène.

« Calidum cor, frigidum caput  »  : cœur chaud, tête froide. Ainsi s’ouvre Saint-Clair, avec ce court morceau instrumental d’à peine 30 secondes – qui n’est pas sans rappeler la formation classique de base du chanteur. Puis, tout de suite, s’enchaîne le titre Les joues roses. Un concentré de pop-rock au refrain entêtant, dans la même veine que Rends l’amour  ! ou Petit chat. Plus calmes, on retrouve les douces Sainte-Rita (patronne des causes désespérées), Saint-Germain et La traversée – une balade à la guitare enrichie de cordes lyriques, qui sublime un texte sur les traversées des migrant·es en mer  : «  Ce soir encore la mer va cracher le sang de ceux qui n’avaient rien que la vie devant, avant, avant la traversée […] Demain les baigneurs feront la sieste devant, sans savoir la tristesse du sel, du vent  ».

Benjamin Biolay nous propose avec ce disque un retour sur sa vie – musicale, avec (Un) Ravel, ou amoureuse. Surtout amoureuse, d’ailleurs. Les thèmes qui traversent cet album vont de l’amour au désir (Numéros magiques) en passant par la désillusion (Santa Clara – en duo avec Clara Luciani, De la beauté là où il n’y en a plus) Comme dans un journal intime, le chanteur se met à nu et nous confie avec transparence ses pensées les plus personnelles. On retrouve avec plaisir sa plume délicate, incisive, provocante et crue parfois, sans oublier sa voix nonchalante et sensuelle.

Sortie le 9 septembre 2022

Coups de cœur  : Santa Clara, (Un) Ravel, Petit chat

Marie Starecki

Mura Masa – demon time

C’est bien entouré que l’on retrouve l’artiste sur son nouvel opus. PinkPantheress, Shygirl, Erika de Casier, Channel Tres… Vous avez l’eau à la bouche, ça y est ? Dans une course folle de 30 – courtes – minutes, le producteur saute d’un genre à l’autre entre deux pistes. UK garage, reggaeton, hyperpop, tout le monde y trouve son compte.

Dès que Mura Masa sort de sa zone de confort, il impressionne. L’infectieux hollaback bitch, intelligent mélange de R’n’B et de house, hypnotise à chaque nouveau beat. Et là, le saxophone fait son entrée et conquiert, jusqu’à ce que la voix rauque de Channel Tres résonne. « You like when I touch it like this ». Frisson.

Sortie le 16 septembre 2022

Coups de cœur : bbycakes, e-motions, blessing me, hollaback bitch

Robin Schmidt

Son Little – Like Neptune

Conçu dans une cabane avec vue sur le fleuve Delaware, le chanteur soul américain Son Little nous délivre un quatrième opus ensoleillé empli de groove, Like Neptune. Cet album moins blues et folk laisse place à de belles vagues et ondes électroniques comme sur la balade aérienne de 6 AM.

Mais dès les premières notes du funky drummer, on est happé par la nouvelle énergie de Son Little. Le lo-fi s’invite et se mélange au R’n’B du chanteur comme sur like neptune, bend yr ear, ou encore stoned love qui amène un vent de fraîcheur dans la discographie du musicien.

Avec ce nouvel effort, le Californien soigne ses peurs en les transformant en joie sonore, comblé d’amour et de confiance en soi. Mais sa soul parsemée de blues est toujours présente, comme sur le slow Didn’t Mean a Thing à l’orgue/piano retro et envoûtant. Une réussite délicieuse pour ce dernier album aux arômes funk, soul, pop et psychédéliques.

Sortie le 9 septembre 2022

Coups de cœur : drummer, 6 AM, like neptune, bend yr ear, inside out, Didn’t Mean a Thing, no friend of mine, what’s good.

Thomas Soulet

TDJ – SPF INFINI II

L’aventure trance et eurodance du phénomène TDJ et sa mission SPF INFINI n’ont aucune limite. Avec ce deuxième volet, la Montréalaise part à Tulum et nous offre une compilation mixée sur laquelle on retrouve ses amis DJ Paul Seul, fknsyd…

SPF INFINI II lui permet ainsi de remontrer sa facette collaborative, après la sortie cet été de son EP TDJ123. On se laisse entièrement porter, entre méditation et euphorie, étrangeté et références nostalgiques aux années 1990 et 2000. Et grâce à une réalisation à l’esthétique hyperpop signée Laurence «  Baz  » Morais Lagacé, au son planant de la voix de TDJ et à son style happy (quasi) hardcore.

43 minutes de long métrage dense, décalé et bourré de caricature et d’auto-dérision, multipliant les références au metaverse, à la télé-réalité, aux réseaux sociaux… et ironiquement, dont il est impossible de décrocher.

Sortie le 22 septembre 2022

Coups de cœur : Wait Another Day (ft. Paul Seul), Make Me Feel Dead (ft. Delachute)

Milena Ill

Grand Corps Malade, Ben Mazué, Gaël Faye – Éphémère

Éphémère est fait de réminiscences vocales, de samples des vocalises que Ben Mazué fredonne avant de monter sur scène, des souvenirs de Gaël Faye, et des textes griffonnés tout le temps et n’importe où de Grand Corps Malade. C’est en avril dernier, au milieu des Alpilles, dans l’odeur des genets, que les trois artistes se retrouvent pendant une semaine au studio provençal La Fabrique. Ils y entremêlent leur passion pour les mots, les flots et la poésie. Des entrelacs de cette collaboration artistique résultent sept titres inédits compilés sous la forme d’un album, sorti le 16 septembre, où leurs points communs et leurs expériences se répondent.

A l’origine, le projet n’est qu’un jeu qui prend naissance sur un groupe WhatsApp que Grand Corps Malade baptise « Dinguerie ». Le but était de couper, raturer, et surtout, de rire. « On s’est offert un moment de liberté, sans aucune contrainte, sans aucun objectif. Il n’y avait pas d’enjeu. » On a pris le temps constitue l’entrée en la matière de l’album ; le trio y raconte cette semaine coupés du monde, comme une bulle au milieu du bruit. Dans cette bâtisse provençale, ils partagent leurs souvenirs, ce sentiment d’instant présent qui n’appartient qu’au monde de l’enfance.

Le titre Éphémère traite d’habiter cet instant qui est là, avant qu’il ne s’échappe. De cette écriture portée sur la nostalgie naît également Sous mes paupières, qui se déploie comme une charmille vers l’enfance. Au détour d’une conversation naît l’idée d’une histoire scénarisée, faite uniquement de dialogues : c’est le rapt de Benjamin Biolay, ou comment auraient pu se dérouler les Victoires de la musique si tout avait dérapé.

Ils s’imaginent sonner chez Biolay, et lui qui répond à l’interphone avant de descendre, puis, c’est le drame. L’album se prête aux confidences et à l’introspection ; un carnet de bord, écrit à la manière d’un making-off par Frédéric Perrot et illustré par Charlotte Mo, vient accompagner et retranscrire l’album. Sur la dernière page, on découvre enfin le premier message que Grand Corps Malade – à l’initiative du projet – a envoyé à Gaël Faye et Ben Mazué.

Les mots de chacun viennent compléter ceux des autres dans un instant de liberté, induit par la contrainte, ou le confort, de ce cocon de créativité choisi. Dans cette parenthèse arrachée au monde, ils explorent les thèmes de la création, de la sédentarité, de l’exil.

Sortie le 16 septembre 2022

Coups de cœur : Sous mes paupières, Qui a kidnappé Benjamin Biolay ?, Éphémère

Romane Fragne

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