CINÉMA

«  Le Soleil de trop près  » – De gris et d’ocre

© Jour2Fête

Premier long métrage de Brieuc Carnaille, Le Soleil de trop près offre un regard vif et singulier sur la schizophrénie. Un film bienvenu renouvelant l’imaginaire qui entoure cette maladie bien souvent mal comprise.

À sa sortie d’hôpital psychiatrique, Basile (Clément Roussier) est hébergé par sa sœur, Sarah (Marine Vacth). Allié.e.s depuis toujours le duo habite l’image de Le Soleil de trop près.

À Roubaix, le ciel n’est pas toujours gris. Pour Basile, il lui arrive aussi de brûler d’un ocre noirci mêlé de bleu, comme c’est le cas dans l’une des plus belles scènes de Le Soleil de trop près. Seule ligne de fuite dans un paysage industriel très horizontal, le ciel se voit progressivement contaminé par une nouvelle matière qui s’origine dans le regard de Basile. En découle un tableau composite, quasi impressionniste, qui permet à Brieuc Carnaille d’offrir une pudique, mais belle, idée de mise en scène pour matérialiser le rapport altéré du protagoniste à la réalité.

Car Basile est schizophrène. Le spectateur ne l’apprend qu’assez tardivement dans le film, après avoir spéculé sur le diagnostique à lui attribuer. C’est que le spectateur est démuni face à cette maladie mal connue. Exit le mythe de la double personnalité. Basile est un conteur fantasque, « magicien » comme il le dit lui-même, qui imprime de son énergie débordante le tempo de sa vie et de celleux qui l’entoure.

Clément Roussier excelle dans ce rôle intensément physique. Et dans la phase intermédiaire du traitement qu’il prend (et qui scinde le film en trois parties), Basile habite mieux que quiconque l’espace qui l’entoure. En témoignent ces scènes dansées dans la rue qui ne sont pas sans rappeler le célèbre travelling emmené par Denis Lavant dans Mauvais sang (Leos Carax, 1986).

Mais cette énergie, qui rend Basile quasi extatique en certains endroits, a un revers. Le roitelet monte parfois si haut que la chute n’est jamais loin. Mais si Basile est un auteur-metteur en scène de sa propre vie, il n’est pas en constante représentation. Brieuc Carnaille brosse justement le portrait d’un homme qui se comporte aussi, et surtout, normalement. Basile travaille, Basile tombe amoureux, Basile vit, heureusement entouré par une sœur qui est aussi sa meilleure alliée.

Clément Roussier Diane Rouxel dans Le Soleil de trop près
© Jour2Fête

Roubaix, deux lumières

La réussite de Le Soleil de trop près tient donc en grande partie à l’intense incarnation de Clément Roussier. Mais la mise en scène de Brieuc Carnaille, tout en retenue, confère à son film l’élégance du sage. Et s’il pêche parfois par monotonie, celui-ci sait aussi trouver dans la grisaille du banal une ressource pour atteindre le sublime.

Il n’est donc pas rare de le croiser à la dérobée dans Le Soleil de trop près. Comme dans une scène d’intimité partagée entre Basile et sa nouvelle copine, Elodie (Diane Rouxel), à qui il ne souhaite pas révéler sa maladie. Et pourtant, son traitement s’attaque au cœur-même de l’intime, soit son rapport au corps et à son désir. Alors, quand les amant.e.s font l’amour, c’est en solitaire. Basile est absent et Elodie s’en rend compte, demande si c’est de sa faute. «  Non, ce n’est pas toi, c’est moi. Je suis désolé.  » répond celui qui, alors, ne peut plus habiter son propre corps.

S’arrêter, reconnaître le malaise, s’excuser, consoler… scène de la vie quotidienne  ? Peut-être, je le souhaite, mais qui reste pourtant si rare au cinéma. Dire merci aussi. Merci Brieuc Carnaille de proposer, de façon si anodine, une autre représentation des relations (hétéro)sexuelles au cinéma, pourtant omniprésentes.  

Auteur·rice

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