MUSIQUE

« God Save the Animals », l’album possédé de Alex G entre lo-fi et punk rock

À seulement 28 ans, l’Américain Alex G est de retour avec son neuvième album, God Save the Animals, déjà le quatrième qu’il sort avec le label Domino Records.

Alors qu’on a longtemps voulu en faire l’héritier de la pop mélancolique d’Elliott Smith, l’artiste multi-instrumentiste Alex G a sensiblement évolué vers quelque chose de plus varié voire de dissonant. Icône de la génération bedroom pop et DIY, Alexander Giannascoli de son vrai nom s’est fait connaître très jeune sur Internet en mettant en ligne ses chansons sur Bandcamp.

Le magazine The Fader dira même de lui qu’il est « le meilleur auteur-compositeur secret d’Internet », s’assurant rapidement une solide base d’admirateurs dans le monde entier. Parmi eux, Frank Ocean et Oneohtrix Point Never, avec qui il finira par collaborer. God Save the Animals est le premier à avoir été enregistré hors de sa chambre, dans différents studios de Philadelphie. 

L’artiste de Philadelphie nous offre là un album de pop indé à l’esthétique lo-fi, avec un côté punk involontaire qui fait toute sa puissance et son originalité. On retrouve tous les instruments de la folk traditionnelle et de la country alternative : violons, guitares acoustiques, basse, percussions.

Ce qui ne l’empêche pas de laisser la place à des expérimentations électroniques étranges et peu conventionnelles. On reconnaît la patte d’Alex G tant sa musique est éclectique et capable de naviguer de la country au rock et à l’hyperpop, sans jamais se donner aucune limite et se laissant entièrement porter par son imagination.

On retrouve bien sûr l’univers dépouillé et rêveur ainsi que les talents d’écriture qui caractérisaient ses précédents albums. À la différence des précédents pourtant, dans cet album, l’oscillation est permanente.

Alex G n’hésite pas à nous faire passer de la douce méditation au déchirement, à alterner entre quelque chose d’enfantin et de menaçant, de colérique parfois, et enfin à nous faire passer d’un élan certain vers la foi et la confiance au cynisme et à l’ironie. On pouvait déjà être très surpris de l’univers hallucinatoire et torturé du clip de Blessing, sorte de caricature de l’adolescence emo accompagnée de troublants beuglements et de flashs d’images glauques.

Avec un album intitulé littéralement «  Que Dieu bénisse les animaux  », des titres comme BlessingMission ou Miracles, le religieux est omniprésent dans sa musique. Et même si l’on peut esquisser les fils d’une histoire ou le portrait de personnages – la chanson Miracles évoque un couple qui voudrait avoir un enfant et n’y arrive pas, une femme qui se sent impuissante, des gens qui attendent un miracle… –, ce qui l’intéresse surtout, c’est la sensation, l’image provoquée. Des chansons comme des dessins ou des photographies. Toujours empreints d’une profonde tendresse.

Avec God Save the Animals, Alex G nous prend par la main et nous entraîne à travers une balade peu conventionnelle et décalée. Le chanteur alterne entre sa voix claire et pure, voix pitchées et autotune, déraille et va parfois jusqu’au beuglement, part d’autres fois dans les aigus comme sous le coup de l’émotion. Sans jamais saisir complètement les paroles ou l’histoire, l’auditoire se laisse entièrement absorber par la beauté de l’expression des émotions intimes et des vulnérabilités humaines.

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