Le chorégraphe norvégien Alan Lucien Øyen présente « Cri du cœur » à l’Opéra de Paris. Une création qui oscille entre danse, théâtre et cinéma, mais qui peine toutefois à trouver son équilibre.
Sur scène, trente-trois danseurs de l’Opéra de Paris dont Marion Barbeau, la première danseuse vedette récente du film En corps de Cédric Klapisch. En sus, une invité de marque, Héléna Pikon, interprète mythique du Tanztheater Wuppertal de Pina Bausch. On sait donc rapidement où l’on met les pieds. Avec Cri du cœur, Alan Lucien Øyen s’inscrit dans cet héritage de la danse contemporaine. Celui qui travaille les corps, les émotions et la parole. Ainsi, pendant deux heures trente, on plonge dans les tourments de Marion, une jeune femme malade qui cherche à comprendre ce qui lui arrive.
Pour figurer la complexité de ses états d’âme, le chorégraphe-vidéaste norvégien convoque tous les moyens à sa disposition. La danse évidemment, même s’il se refuse à tout grand mouvement chorégraphique (pas de somptueux pas de deux ou de séquence de groupe synchronisée). La dimension théâtrale est assurée grâce à de nombreux changements de décors et costumes ainsi que des passages dialogués. Enfin, le cinéma, avec de très beaux passages filmés en noir et blanc qui nous conduisent dans les coulisses de l’Opéra, mais aussi les tréfonds de l’âme de Marion.

Ensemble décousu
Dans son ensemble, le spectacle ressort comme globalement chaleureux. Cela doit beaucoup à l’atmosphère créée par les décors et costumes d’inspiration scandinave qui baignent souvent la scène d’un halo jaune. Mais l’ensemble ne parvient pas à être aussi fort émotionnellement que voulu. La création pêche surtout par deux choses. La première, c’est la qualité des interprètes. Bien que formés au contemporain, les danseurs de l’Opéra de Paris ne le sont pas forcément au jeu et cela se ressent fortement dans les passages dialogués. Le second défaut du spectacle est son rythme trop décousu. On sent la volonté de créer une pièce envoûtante, que le spectateur soit pris dans une nappe d’émotions et de sensations dont il ne parviendrait à se défaire. Mais toutes les séquences sont trop courtes pour laisser un quelconque sentiment infuser. Cela est d’autant plus paradoxal que le spectacle dans son ensemble donne l’impression de s’étirer dans le temps.
Ces limites expliquent le départ de certains spectateurs à l’entracte. On se dit que le public du Ballet de l’Opéra n’est peut-être pas le plus à même de recevoir ce genre de création. On se dit aussi que cette dernière a sûrement souffert de la pandémie. En effet, les répétitions ont commencé en 2020 avant d’être interrompues par la Covid. Il y a comme un goût de rendez-vous manqué dans ce spectacle ambitieux mais finalement bancal.
Cri du cœur d’Alan Lucien Øyen avec le corps du Ballet de l’Opéra de Paris. Jusqu’au 13 octobre au Palais Garnier. Durée : 2h30 avec entracte. Spectacle en français surtitré anglais. Informations et réservations : ici








