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Rencontre avec Alex G – « Tout ce que je fais naît d’hésitations et d’expérimentations »

Alex G
© Chris Maggio

Le prolifique et talentueux Alex G a sorti God Save the Animals le 23 septembre 2022 dernier, entre ballades folk et expérimentations électro. Nous l’avions rencontré en juin à Paris, peu avant son concert au Supersonic.

Alex G, à seulement 28 ans, est de retour avec son neuvième album, God Save the Animals, sous le label Domino Recording. L’artiste s’est fait connaître très jeune sur Internet et s’inscrit dans le DIY et la génération bedroom pop. Il nous offre là un album de pop indé à l’esthétique « lo-fi », avec un côté punk involontaire qui fait toute sa puissance et son originalité.

On retrouve tous les instruments de la folk traditionnelle et de la country alternative : violons, guitares acoustiques, basse, percussions. Ce qui ne l’empêche pas de laisser la place à des expérimentations électroniques.

Ça marche toujours aussi bien : il nous prend la main pour nous entraîner à travers une balade peu conventionnelle, décalée. Sa voix claire et pure alterne avec autotune et voix pitchées, va parfois jusqu’au beuglement ou au déraillement, part d’autres fois dans les aigus comme sous le coup de l’émotion.

Sans jamais saisir complètement les paroles ou le fil d’une histoire, on se laisse absorber entièrement par la beauté de l’expression des émotions intimes et des vulnérabilités humaines. Pour en savoir plus sur lui, nous l’avons rencontré lors de son bref passage à Paris en juin dernier au Supersonic.

© Chris Maggio

God Save the Animals est ton neuvième album. Est-ce que tu peux me dire à quel point selon toi cet album s’inscrit dans une continuité avec ce que tu as fait précédemment  ? Et qu’est-ce que tu as voulu apporter de nouveau à celui-ci  ?

Je dirais que cet album a pour point commun avec les précédents que tous sont un peu comme des tranches de ma vie à certains moments. Et les paroles ne sont pas nécessairement de l’ordre de la confession, mais il s’agit juste de ce qui me préoccupe à ce moment-là. Ce n’est pas nécessairement autobiographique. J’écris tout le temps, donc mes chansons correspondent toujours à ce que j’ai fait à tel moment de ma vie. Il n’y a pas de thème qui pourrait tout englober.

Tu écris parfois des textes, de la poésie, des choses comme ça  ?

Je fais ça oui. Mais rien de très bon (rires).

Tu lis aussi ?

Oui je lis absolument tout. En ce moment je lis L’Idiot de Dostoïevski. J’aime beaucoup.

Tu es plutôt connu pour le fait que tu as l’habitude de tout composer et d’enregistrer directement chez toi. Est-ce que tu peux me raconter comment tu as enregistré cet album ? 

Alors celui-ci a été enregistré surtout dans différents studios de Philadelphie (là d’où je viens). C’était très chouette car j’ai pu travailler avec des ingénieurs qui du coup s’occupaient de toute la partie technique pour moi. Donc tout ce que j’avais à faire de mon côté, c’était de produire, de jouer… et eux réglaient les micros et enregistraient.

Ce n’est pas vraiment quelque chose auquel tu es habitué dans ton processus de création, est-ce que ça t’as paru étrange  ? Est-ce que ça a changé quelque chose dans ta façon de travailler  ?

Il m’a fallu un certain temps pour m’y habituer, oui. Car il fallait que je sache un peu plus en amont ce que je voulais avant d’entrer dans le processus d’enregistrement. Mais d’un autre côté, ça m’a donné beaucoup de liberté. Je pouvais me focaliser beaucoup plus sur le fait de jouer et je laissais les autres se préoccuper des choses techniques.

C’est quoi exactement l’histoire de God Save the Animals  ? Qu’est-ce que ça raconte  ?

Je ne sais pas  ! (Rires) Il n’y a pas vraiment d’histoire derrière l’album.

Tu évoques pleins de personnages différents, tu utilises différentes voix… Par exemple dans la chanson Miracles, tu évoques un couple qui voudrait avoir un enfant et n’y arrive pas, une femme qui se sent impuissante, des gens qui attendent un miracle…

Oui mais j’imagine que j’ai abordé les paroles et les personnages de la même manière avec laquelle j’aborde la musique. Où les voix et les paroles sont là pour servir une esthétique, et pas nécessairement raconter une histoire.

Peut-être que plutôt que des histoires, tes chansons ressemblent à des dessins. Avec quelque chose de presque cinématographique.

Oui, je passe beaucoup de temps à essayer de rendre ça divertissant d’une certaine manière. Donc je suis content que tu dises ça à propos de mon album.

Tu écris aussi beaucoup sur Dieu et la foi dans cet album. Comment as-tu été amené à en parler autant  ?

Je dirais que c’était tout simplement des sujets qui sont arrivés dans ma vie pendant que j’écrivais l’album. Donc ça transparaît dans mes paroles, mais ça ne vient pas tout à fait d’un espace comme… Je n’ai pas de message concret à apporter. C’est juste des réflexions, presque des impressions. Tout ce que je fais, c’est jeter des mots sur la feuille et voir ce qui se passe. Je ne sais pas ce que ça va donner. Tu vois ce que je veux dire  ? Je jette des choses au mur et soit ça reste collé, soit ça tombe.

Il y a beaucoup d’impressions, comme tu dis, beaucoup de choses autour des émotions aussi. Tu arrives à allier la profondeur émotionnelle avec des expérimentations étranges, peu conventionnelles. C’est ce qui fait la force de ta musique, je pense. Est-ce que c’est quelque chose que tu fais de manière consciente  ?

Je pense que c’est conscient parce que c’est en quelque sorte ce que je décide quand j’aime quelque chose. Je me contente d’écrire, et puis si en l’écoutant je ressens quelque chose, c’est top, et si je ne ressens rien je ne l’utilise tout simplement pas. C’est là toute ma façon de procéder. Je suis content que ça transparaisse.

Tu alternes aussi entre différentes choses  : d’une douce méditation au déchirement (je pense aux beuglements troublants de Blessing), de quelque chose d’enfantin à quelque chose de beaucoup plus menaçant, colérique, et parfois d’un certain cynisme (ou du moins de l’ironie) qui contraste avec un élan vers la foi et la confiance… 

Oui je pense que c’est une musique qui a son propre esprit, son propre tempérament, de la même manière que toi et moi on peut changer d’humeur, car mon humeur change beaucoup… Ce que je veux faire change tous les jours, c’est pour cela qu’il y a tant de variations. Il n’y a aucun plan. Ce qui arrive, arrive. 

J’ai l’impression aussi que l’expression des vulnérabilités est très présente dans ton travail. Tu utilises des voix modifiées (autotunées, pitchées) et des sons de guitare tordus… Est-ce que la musique te sert d’exutoire  ?

Tu sais… Je pense que oui, mais je n’en suis pas certain. Parfois je crois que c’est juste parce que je veux de l’attention. Et je fais cela de manière compulsive, car je suis obsédé par l’attention des autres. Alors que d’autres fois, je me dis  : «  non, mais je fais ça pour créer quelque chose d’artistique…  ». Donc c’est un exutoire au sens où je suis obsédé par ça, je ne peux pas faire autrement. Mais je ne suis pas sûr que cet exutoire soit le même que ceux qui m’écoutent pourraient croire qu’il est pour moi. Parfois j’ai vraiment du mal à savoir… Tu vois ce que je veux dire.

Ta musique est très éclectique, tu navigues de la musique rock à l’hyperpop et à la ballade… Est-ce que combiner des genres et des sons d’une manière peu conventionnelle est une chose à laquelle tu penses quand tu écris  ?

Non. Qu’il s’agisse d’exprimer mes vulnérabilités ou de varier les genres, tout se produit parce que je suis juste en train d’expérimenter, d’essayer ceci ou cela, et de sentir si j’aime le résultat ou pas… Je suis toujours en train de tâtonner, d’hésiter tout au long de mon processus de création.

Sur cet album il y a plus d’expérimentations électroniques… est-ce que c’est un genre que tu serais tenté d’explorer un peu plus dans le futur  ?

Oui comme tu dis, ça va probablement arriver, parce que je suis toujours tenté d’explorer. Ça dépend juste de l’équipement que j’ai en face de moi et de ce que je veux sur le moment.

© Chris Maggio

Qu’est-ce que tu écoutes comme artistes en ce moment  ?

L’artiste que j’écoute vraiment beaucoup dernièrement s’appelle Gillian Welch, et elle fait une sorte de musique folk. Elle est Américaine. J’adore son album Soldier. Elle écrit beaucoup de chansons où Dieu et la foi sont très présents, mais pas dans le sens d’une doctrine religieuse, plutôt comme un symbole de foi et de confiance. Je dirais presque comme un symbole oui. À chaque fois, la manière dont ses personnages parlent de leur foi dit quelque chose d’eux. 

C’est aussi beaucoup ce qu’on retrouve dans tes paroles. Je suis une grande fan du groupe canadien A Silver Mt. Zion…

Oh, je ne connais pas ce groupe. Mais je crois que j’ai vu qu’il y avait une affiche d’eux ici…

… et il y a quelque chose d’assez similaire entre ce que vous faites. Les chœurs de voix qui se brisent parfois dans un élan d’émotion, des paroles très touchantes et humanistes et aussi un côté très punk rock…

Ça a l’air vraiment trop bien  !


Des dates de tournée en Europe sont d’ores et déjà annoncées pour mars et avril 2023.

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