ART

« Gallen-Kallela » – Au cœur des paysages finlandais

Nuit de Printemps de Gallen Kallela, © Jouko Vatanen

Akseli Gallen-Kallela est un artiste finlandais qui peint à l’huile. L’exposition qui lui est consacrée permet de découvrir ce peintre méconnu au travers de ses toiles mais aussi de ses vitraux, gravures et objets d’artisanat. 

Né en 1865 à Pori en Finlande, Akseli Gallen-Kallela fait ses études à Helsinki puis part à Paris en 1884. Il entre à l’Académie Julian et continue à peindre. A ses débuts, il développe un style naturaliste en représentant des scènes du quotidien, de la vie parisienne et d’êtres au travail. Il s’inspire notamment du peintre français Jules Bastien-Lepage. 

Vers 1890, il se tourne davantage vers un art symbolique aux accents nationalistes. L’artiste désire défendre l’identité de son pays d’enfance qui a été annexé par la Russie en 1809. Il réalise plusieurs toiles qui s’inspirent directement du Kalevala, récit mythique finnois écrit par Elias Lönnrot réunissant des histoires populaires et féeriques qui se transmettaient de bouche à oreille. La Légende d’Aïno est représentative de cette période plus mystique. Un triptyque en bois illustre l’histoire d’Aïno, promise en mariage à Väinämöinen, qui s’y refuse et échappe à son fiancé en se métamorphosant en poisson. Cet ésotérisme est aussi palpable dans Ad Astra (1894) où une femme nue, jaillissant d’une mer rougeoyante, darde ses cheveux dorés pareils à des rayons solaires.

Le sublime du paysage

En 1894, Akseli Gallen-Kallela construit au milieu des bois sa maison-atelier, qu’il nomme Kalela et dans laquelle il se consacre à la création et à la peinture. Il prête attention à la variation des saisons qui font se métamorphoser les couleurs des arbres, des eaux et des montagnes. Gallen-Kallela est un être contemplatif et silencieux. Il marche beaucoup, fait du ski, pour atteindre des points de vue tels que ceux qu’il nous transmet au moyen de sa peinture. 

Akseli Gallen-Kallela, Ombres bleues sur la glace, Collection Carl Gustaf Ehrnrooth

Ses paysages touchent au sublime en produisant chez celui ou celle qui les regarde cette impression singulière de se fondre dans le tout du monde. Nos yeux caressent les paysages enneigés, les lacs aux eaux calmes, les grands arbres majestueux ou les nuages montés en neige reflétés à la surface de l’eau. 

Akseli Gallen-Kallela, Le Lac Keitele (1905) The National Gallery, Londres

Notre regard est happé par ce qui se présente. Observons. La peinture du Lac Keitele (1905) représente une vaste étendue aquatique dont la peau du lac est parcourue d’une ligne zigzagant de part et d’autre de la toile. Elle fonctionne tel un chemin guidant le mouvement de nos yeux qui s’enfoncent progressivement dans la profondeur de la toile.

La matière de la peinture

Les peintures à l’huile rendent la sensation du geste du peintre au travail. La plupart des toiles ont un aspect brut où les traces des pinceaux sont encore lisibles, comme dans la réalisation des aplats et de certains détails. Parfois, Gallen-Kallela rehausse la chair des êtres en la hachurant de coups de crayon à papier ou en détourant les corps par des cernes noirs. Dans son portrait, Molène, une femme a le visage dissimulé par une plante en forme de point d’interrogation. Son visage et la plante sont détourés par un trait noir qui contraste avec le fond en papier peint rouge.

Akseli Gallen-Kallela, Molène (1893) et Les skieurs Akseli et Jorma (1909) © akg-images

Grâce à sa palette chromatique, Akseli Gallen-Kallela sait rendre l’effet de la neige, de ses ombres portées, de sa texture lourde et légère. Souvent, pour renforcer la puissance de la ligne d’horizon de ses paysages, il trace au pinceau un épais trait de peinture. Il peint les reflets de l’eau avec des mélanges variés de couleurs  : marron, beige, bleu qui rend l’effet miroir. De la même manière, il travaille les plis des vêtements en déclinant une couleur en plusieurs teintes lumineuses, donnant un effet drapé. Il réalise aussi de grandes plages blanches ou bleues pour le ciel ou l’eau, comme si la toile tendait vers une certaine abstraction à force d’épuration des strates du paysage. Ces couleurs participent à sa volonté d’un réalisme pictural. Pourtant, d’autres tableaux s’en éloignent. Dans Les skieurs, les couleurs ne transcrivent pas le réel. L’artiste peint les peaux rouges, la neige bleue et le ciel jaune. Ces couleurs primaires donnent une puissance à l’image, accrue par une lisibilité immédiate, qui soulignent l’expression déterminée des visages des sportifs. 

L’exposition Gallen-Kallela – Mythes et nature présente l’art de ce peintre, ses évolutions stylistiques et sa sensibilité aux variations lumineuses, au travers de toiles qui célèbrent à la fois la nature et les paysages finlandais.

Exposition «  Gallen-Kallela  »,  Musée Jacquemart-André, 58 Bd Haussmann, 75008 Paris. Jusqu’au 18 septembre 2022. Contact au 01 45 62 11 59.  Horaires  : ouvert tous les jours de 10h à 18h (nocturnes les lundis jusqu’à 20h30).

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