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CANNES 2022 – « Armageddon Time » : La fin de l’innocence

Armageddon Time © Focus Feature, LLC
Armageddon Time © Focus Feature, LLC

SÉLECTION OFFICIELLE – COMPÉTITION Avec Armageddon Time, James Gray fait son grand retour au Festival de Cannes, proposant un récit initiatique inspiré de son enfance, plein de promesses pas toujours tenues.

Dans la liste des habitués du Festival de Cannes, James Gray occupe une place bien particulière. Il présente cette année son cinquième film sélectionné dans la compétition cannoise. Un retour confortable donc, pour ce réalisateur dont le cinéma divise toujours autant.

Avec Ad Astra, James Gray semblait pourtant avoir inversé la tendance : les cérémonies et la critique américaines étaient unanimes et enthousiastes. Une nouvelle page s’ouvrait pour le réalisateur, dont la popularité européenne n’avait jamais trouvé d’égal outre-Atlantique. Et pourtant, la première d‘Armageddon Time hier soir a remis en évidence les difficultés du cinéaste à rassembler le public.

Armageddon. Le terrible combat annoncé dans les premières secondes du film aura lieu, comme souvent avec James Gray, à New-York. Paul Graff, jeune garçon d’origines modestes, s’apprête à rentrer dans l’âge adulte (adolescent, du moins). À l’heure où l’autorité parentale s’évapore subitement et où les rêves nourrissent le quotidien, Paul va voir son existence bouleversée de bien des manières.

Il y a d’abord sa rencontre avec Johnny, un camarade de classe noir, qui va sortir Paul de son ignorance pour le mettre face à la violence du racisme et de la précarité. Puis, la maladie de son grand-père, brillamment interprété par Anthony Hopkins, que Paul admire plus que son propre père. Ce père qui ne comprend pas ses rêves, et qui n’a toujours trouvé que les coups pour communiquer avec son fils.

Petit à petit, Paul découvre également le poids de son héritage familial : sa famille a fuit la Shoah jusqu’aux Etats-Unis. Alors qu’il doute de sa propre identité, le jeune homme va soudain ouvrir les yeux sur sa propre famille, qui tente tant bien que mal de se construire dans l’ombre glaciale de l’antisémitisme.

Au milieu de tous ces bouleversements, Paul va devoir affronter un monstre de plus : ses parents le séparent de Johnny pour l’envoyer dans une école privée tenue par Fred Trump (le vrai père de Donald Trump). Alors que ses professeurs et ses camarades veulent le forcer à rentrer dans un moule, Paul se rêve artiste. Très vite, il va devoir choisir : Veut-il de ce monde ? Ou doit-il tout quitter pour en construire un nouveau ?

Un film dans la lignée d’une filmographie obsessionnelle

Armageddon Time est à l’image de la filmographie du réalisateur, intimiste, tragique, habité par les mêmes obsessions que ses films précédents. La mise en scène est impressionnante, prouvant une nouvelle fois le travail en profondeur de l’image et des corps. Les performances d’Anthony Hopkins et Jeremy Irons, qui continue d’impressionner depuis qu’il a laissé éclater la puissance de son jeu dans Succession, viennent illuminer un scénario qui ne parvient pas à dépasser ses lenteurs.

James Gray plonge dans son enfance pour aborder des sujets de fond : la vie des familles juives exilées aux Etats-Unis, confrontées à un passé tragique et à un antisémitisme permanent, le racisme et les violences policières, ou encore la perte de la figure paternelle. Mais il abandonne ses personnages en cours de route et clôture son film sur une image certes puissante, mais qui ne parvient pas à faire oublier tous les tracés non résolus. La morale posée au terme des conflits intérieurs de Paul paraît superficielle, avortée. Si l’esthétique et le jeu des comédiens impressionnent, on garde malheureusement un goût de trop peu.

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