CINÉMAFestival de Cannes

CANNES 2021 – « La Colline où rugissent les lionnes » : Gang de filles

OrëZanë Films - Vents Contraires - Acajou Productions

QUINZAINE DES RÉALISATEURS – À seulement 20 ans, la comédienne franco-kosovare Luàna Bajrami passe derrière la caméra pour présenter son premier long-métrage sélectionné à la Quinzaine des réalisateurs. Dans La Colline où rugissent les lionnes, la jeunesse hurle son ennui, son envie d’ailleurs et de liberté sous la chaleur d’un été au Kosovo.

Révélée pour ses talents d’actrice dans L’ heure de la sortie de Sébastien Marnier, puis dans Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma et cette année dans Les 2 Alfred de Bruno Podalydès et le premier film de Samir Guesmi, Ibrahim, Luàna Bajrami passe déjà de l’autre côté de la caméra. Il y a quelques mois, elle nous confiait : « Je voulais vraiment faire un film sur la jeunesse, sur des jeunes filles qui ont envie de s’émanciper. J’avais envie de raconter une histoire universelle qui puisse toucher n’importe qui, et surtout de parler de la jeunesse avec un regard neuf. » Et c’est ce qu’elle a réussi. Animée par un véritable désir de cinéma et un regard sur son histoire et ses acteurs.rices, la jeune cinéaste offre un premier film généreux sur une jeunesse universelle qui tente de s’affirmer et de croire à ses rêves.

C’est au Kosovo, dans le village dans lequel elle a grandi que Luàna Bajrami situe cette histoire qu’elle porte en elle depuis longtemps. Le temps d’un été, trois jeunes filles trainent sur une colline isolée comme des lézards au soleil. Elles portent en elles, un besoin profond de crier qu’elles existent tandis que leurs aspirations frémissent dans leur poitrine. Autour d’elles peu d’adultes rentrent dans le cadre. Les scènes où ils interviennent, ils ne sont que violence et creusent un fossé entre les générations. Qe, Jeta et Li ne veulent pas se laisser pourrir sur leur rocher alors qu’il y a tant à explorer.

Puisque la société ne veut pas les laisser étudier, elles vont voler leur liberté. Quelque part entre les héroïnes de Mustang de Deniz Gamze Ergüven et celles de Spring Breakers d’Harmony Korine, les trois amies d’enfance portées par l’amour qu’elles se vouent les unes envers les autres vont commencer à rugir. Elles vont être rejointes par un quatrième mousquetaire, le nouvel amoureux de l’une d’entre elles. Ainsi, formant un gang elles vont mettre un plan à exécution qui va faire basculer le film progressivement dans un autre genre tandis qu’elles explorent une insouciance totale.

Sublimation adolescente

Filmé en Scope, La Colline où rugissent les lionnes magnifie les paysages et les comédiennes, donnant ce grain si particulier et hors-temps à la photographie du métrage. Luàna Bajrami filme ces dernières avec une générosité brute incarnant cette jeunesse affirmée. Chaque plan irradie de beauté et de fraîcheur adolescente dont on ne peut détacher les yeux. Mais aussi, une fougue impétueuse donnant un rythme exalté mené avec brio par la réalisatrice.

Si quelques défauts de narration et une certaine forme de naïveté juvénile persiste dans quelques séquences, il se dégage indéniablement de La Colline où rugissent les lionnes, une nécessité de faire du cinéma, de raconter une histoire inscrite dans son époque en plaçant de magnifiques comédiennes Kosovares au premier plan en ode à la sororité – Era Balaj, Flaka Latifi et Uratë Shabani. Il n’y a pas de doutes, une cinéaste est née.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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