CINÉMA

« Ma nuit » – Une balade à Paris

© Epicentre Films

Antoinette Boulat questionne avec Ma nuit les thématiques du deuil, de la liberté et de la solitude. Elle filme la jeunesse d’aujourd’hui au sein d’une société violente.

C’est l’histoire de Marion (Lou Lampros). À 18 ans, elle a déjà perdu son innocence à cause du décès de sa grande sœur. Elle se donne l’objectif de tenir une nuit entière, de ne pas avoir peur et d’essayer d’être libre. Cette liberté, elle la trouve chez Alex (Tom Mercier). Les deux jeunes philosophent jusqu’au petit matin, à Paris.

Emmanuelle Bercot interprète Murielle, la mère de Marion. C’est une mère qui souffre, qui a peur et qui se laisse porter par les autres pour aller mieux. Elle n’est plus maternelle avec Marion qui elle n’a plus d’empathie. Marion dans ce film sait dire « non ». Elle est solitaire et seule.

Ma nuit est sélectionné dans différents festivals français et internationaux et remporte le prix du festival international de Mannheim-Heidelberg (en Allemagne). C’est aussi le premier long métrage de Antoinette Boulat en tant que réalisatrice qui jusqu’à présent accompagnait les films en tant que directrice de casting.

© Epicentre Films

L’oeil de Marion

La caméra suit le personnage principal, Marion, dans tous ses mouvements, elle scrute chaque détail. Marion au travers de son appareil photo semble être le témoin d’une société imprévisible et violente. La perte de sa sœur l’a rendue lucide par rapport à ses amis, cette lucidité s’accompagne d’une peur constante.

Suivre Marion tout au long de cette nuit est une manière pour la réalisatrice de filmer la peur. Aujourd’hui, vivre la peur dans notre société, c’est aussi nous éloigner de la liberté. Paris est filmé tout au long du film avec beaucoup de réalisme ; le portrait de la capitale fait par la réalisatrice oscille entre la beauté silencieuse des décors urbains, la pauvreté et la criminalité, ces dernières plus bruyantes.

La réalisation est intéressante, le spectateur est face à un jeu de lumière et à des paysages mystérieux, presque exotiques, proches de la nature. Pourtant, des menaces invisibles et visibles existent et le bruit reprend son cours : le vol d’un scooter, une agression dans la rue, du sang sur un trottoir… La réalisatrice montre aussi le traumatisme des attentats qui résonne au travers de ce contraste entre les scènes.

© Epicentre Films

Alex et un autre son

Alex apparait comme un sauveur. Marion, à partir de cette rencontre, ne fait plus de photo. Elle se confronte à sa propre vie, ses propres angoisses. Alex lui fait écouter la nature, loin du tumulte de la rue à Paris. On ressent l’alchimie entre les deux acteurs. Ils interprètent deux personnages différents, Alex c’est l’étranger qui reconnecte Marion avec le monde qui l’effraie.

Le son dans ce film tient une place importante. Les premières scènes filment le bruit, les mouvements, la volonté d’abandon chez les jeunes. Lorsqu’elle danse sur de la musique techno, Marion est presque en transe. Pourtant, elle a besoin du silence et de s’éloigner de la fête.

L’arrivée d’Alex est soulignée par l’importance des dialogues. Les plans fixes privilégiés par la réalisatrice permettent au spectateur de se concentrer sur les discussions des protagonistes et leur promenade. Alex prend soin de Marion, il l’écoute et l’observe. Il incarne une sensibilité hors norme, il semble fasciné par celle qu’il suit. Il cite Nina Simone : « la liberté, c’est de ne pas avoir peur » ; et il semblerait que Marion s’éloigne petit à petit de ses angoisses.

La dernière scène est tout à fait intéressante : il fait jour, Marion est sur son vélo, elle lève la main vers le ciel. Ce ton spirituel, voire surnaturel, soulage le spectateur. Il semblerait que Marion à ce moment-là soit enfin libre.

MA NUIT Bande Annonce (2022) Lou Lampros, Drame © 2022 – Epicentre Films

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