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« Massacre à la tronçonneuse » – Pour quelques litres de sang

© Netflix
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Près de cinquante ans plus tard, et après plusieurs suites, David Blue Garcia et Fede Álvarez (Don’t Breathe, Evil Dead) ressortent Leatherface de son placard. En prenant le genre au sérieux et en évitant le cynisme des productions actuels, Massacre à la tronçonneuse surprend agréablement.

C’est toujours avec une certaine appréhension que l’on accueille la sortie d’un nouveau Massacre à la tronçonneuse. Depuis la sortie du chef-d’œuvre de Tobe Hooper en 1974, la série a souvent soufflé le froid (le nullissime Texas Chainsaw 3D) et rarement le chaud (Massacre à la tronçonneuse 2 est à redécouvrir). L’idée de relancer une nouvelle fois la machine a de quoi provoquer quelques inquiétudes. À la production, le réalisateur de Don’t Breathe. À la caméra un inconnu chez nous du nom de David Blue Garcia. Cette nouvelle monture ne prend pas en compte les sept suites de l’épisode originel et déploie son intrigue à notre époque.

À la fin du film de Tobe Hooper, Leatherface tournoie sa tronçonneuse en l’air après l’évasion de Sally, la seule survivante d’une bande de jeunes capturée par la famille. Couverte de sang, elle fuit ce coin du pays qui contient tous les refoulés de l’inconscient américain. Ce cauchemar est un moment important dans l’histoire du cinéma. Piochant dans le genre du documentaire – la photographie bien crade, l’introduction qui fait croire à une histoire vraie – et dans celui de l’horreur, Massacre à la tronçonneuse misait sur la suggestion en évitant les effets gores. Son titre trompeur et sa sulfureuse réputation ont nourri les fantasmes. Il n’y a presque pas de sang versé. C’est le montage qui fait émerger les images manquantes dans le cerveau des spectateurs. Pour tout connaître sur la fabrication du film et celle de ses suites, l’ouvrage de Julien Sévéon est un incontournable.

Très bon podcast du Cinéma est mort en compagnie de Julien Sévéon

Du documentaire à l’horreur pure

Près de cinquante ans après, Leatherface revient sur Netflix. Le film s’ouvre sur les images d’un DVD qui rappelle les évènements de 1973. La caméra dézoome et laisse apercevoir des produits dérivés. Le côté réaliste de la première œuvre se noie dans le flux de la consommation. C’est ainsi que les premières minutes vont se bâtir, sur cette dichotomie entre la vitesse, la consommation et la lenteur, l’immobilité des lieux. La ville de Harlow, où se déroule l’essentiel de l’action, est un vestige d’une Amérique de la ségrégation et de la conquête de l’Ouest. C’est un décor de western où un drapeau confédéré flotte toujours.

Cette toile de fond historique et politique, David Blue Garcia ne la creuse pas vraiment. Quand les personnages principaux arrivent à Harlow, ils pénètrent dans un orphelinat. La propriété a été récupérée par une banque depuis plusieurs mois. Une femme sort de la cuisine et leur propose de prendre le thé. Tout est figé dans ce lieu qui ressemble à un musée. Si le drapeau des confédérés flottent sur l’orphelinat, ce n’est pas pour sa symbolique politique, c’est en souvenir de l’arrière grand-père nous dit la maîtresse des lieux. La discussion vrille et on aperçoit pour la première fois la silouette de Leatherface en haut des questions. Ce personnage tranche l’impossibilité de communiquer des deux parties.

Il y a une scène très intéressante sur cette fracture entre ces deux Amériques. Quand la plus jeune de la bande rencontre l’autre seul habitant du village, sa sœur croit qu’ils ont couché ensemble. Pendant quelques secondes, son visage exprime du dégout. David Blue Garcia coupe court à toute possibilité d’entente en sacrifiant les personnages dans une brutalité inouïe. Le problème du film vient de son écriture. En voulant ratisser large (le port d’armes, le racisme, la gentrification, etc.) en peu de temps (1h15 environ), il est impossible d’en tirer une véritable pensée politique.

Teaser pour Massacre à la tronçonneuse (2022) – Zickma
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La fracture

Un évènement va pousser Leatherface à massacrer tous les personnages présents dans le secteur, que ce soit la police locale ou les influenceurs venus en nombre découvrir ce vestige du passé. Il ne fait pas de différence. Contrairement au long-métrage de 1973 qui ne contenait presque pas de sang, celui-ci ne lésine pas sur l’hémoglobine et atteint probablement le plus haut degré de violence de la franchise. La saga mute véritablement en slasher puisque le personnage agit en solitaire. Il n’y a plus rien qui le rattache à ce monde et sa dernière sortie est furieuse.

Sally, la rescapée du premier massacre de 1973, est de retour. Cela fait penser à celui de Laurie dans les deux derniers remakes d’Halloween. L’affrontement entre les deux aura lieu mais sera déceptif. Elle a beau avoir attendu cinquante ans pour le retrouver, elle n’a aucune chance. Ainsi se rejoue la scène de Predator où l’amérindien Billy (celui qui semble comprendre au plus près le monstre) est vaincu hors-champs. Sally est bien dans le cadre mais elle ne peut rien face à la décharge de violence déployée par Leatherface.

Le dernier acte n’arrive cependant pas à maintenir l’efficacité de cette honnête série B. Le décor du cinéma n’est pas exploité et la dernière scène est expédiée. En jouant à fond la carte de l’efficacité et du gore, David Blue Garcia a trouvé un bon moyen pour éviter le cynisme des reboot actuels (Scream, Halloween) et ne tombe pas dans la nostalgie vaine. Quand tout n’est que chaos, le retour à la maison n’est qu’une illusion.

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