CINÉMALITTÉRATURE

« Nicolas Cage, envers et contre tout » – De bruit et de fureur

D.R
D.R

L’éditeur Capricci poursuit son travail autour des grandes figures du cinéma dans la collection « Capricci Stories ». C’est au tour de Nicolas Cage de valser entre la biographie et l’essai.

En France, la bibliographie consacrée à Nicolas Cage est mince. Quelques critiques ont souligné son importance malgré une filmographie très inégale où règnent les sommets – Sailor & Lula – et les objets ratés. L’acteur est devenu un emblème de la culture parodique sur internet. Les mèmes pullulent, les frasques sur sa vie privée sont légions. C’est qu’il y a chez Nicolas Cage une manière de vivre et de jouer qui confine à l’excès. Les cinéastes peinent à lui donner un cadre qui intègre sa démesure. Dans ses dernières incursions au pays de la folie, c’est peut-être le cinéaste Panos Cosmatos qui a mieux saisi les multiples paradoxes de l’acteur américain avec Mandy.

Trouver sa place

Le journaliste à Libération Lelo Jimmy Batista propose un récit qui s’articule autour de la vie de Nicolas Cage. Ses excès, sa difficulté à trouver une place au sein de la famille Coppola (le cinéaste Francis Ford est son oncle) et d’Hollywood. Le deuxième livre qui sort au même moment chez Capricci est consacré à Jean Gabin et est écrit par Sébastien Gimenez. Le premier joue à s’en brûler les ailes, le second cache derrière son côté monolithique toutes les subtilités du jeu d’acteur. Deux conceptions de la prestation actorale semblent se confronter.

Si les deux ouvrages sont d’excellentes factures, c’est peut-être celui sur Nicolas Cage qui a davantage retenu notre attention. Lelo Jimmy Batista revient à plusieurs reprises sur le tournage de Sailor & Lula. Pour Nicolas Cage, David Lynch croit en « l’amour pur et à la poésie du quotidien ». Dans cette formule ramassée, il y a bien là une explication à la présence de Nicolas Cage dans un film du réalisateur américain. L’outrance de son jeu se marie bien à la passion amoureuse lynchienne, troublée par la violence des hommes. La figure de l’ange exterminateur est récurrente dans la filmographie de l’acteur, jusqu’au surprenant Mandy. Une cohérence semble donc se dessiner.

NICOLAS CAGE – Capricci

Le travail, encore le travail

Si le livre arrive à saisir quelque chose de la figure de Nicolas Cage, c’est par son dispositif. A la croisée de l’essai et de l’autobiographie, Nicolas Cage, envers et contre tout nous balade entre des citations vérifiables et des passages imaginées. Ce n’est pas un livre d’historien mais celui d’un critique qui tente de comprendre un lien entre les films qui jalonnent la carrière de l’acteur. « Carrière » n’est pas le bon mot. Il ne cherche jamais à plaire ou à gravir les échelons d’une reconnaissance mondiale. Le secret de sa longévité réside dans sa capacité à se mettre au travail. Et dans le travail, il y a toujours du déchet. Cela s’explique aussi par ses soucis financiers mais cette part de la vie de Nicolas Cage n’est que peu évoquée. La presse people s’en charge allègrement.

A la fin du livre, on se demande encore si on a bien compris ce qu’est Nicolas Cage. Un électron libre, un imposteur, un écorché vif, un cabotin de génie, un grand acteur. Il est peut-être tout ça à la fois et bien plus encore.

Nicolas Cage. Envers et contre tout, Lelo Jimmy Batista, Editions Capricci, 2021, 11 euros 50.

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