CINÉMA

« Matrix Reloaded » – L’amour éludé

© Warner Bros

RÉTRO MATRIX – Avant Matrix Resurrections, la rédaction de Maze vous propose une relecture de la saga culte des sœurs Wachowski. Après le premier volet de 1999, poursuivons avec Reloaded. Comme son nom l’indique, la Matrice se recharge et dénote cette fois-ci par sa spiritualité.

Introduire un concept n’étant pas un frein à sa redéfinition, la naissance de Reloaded est logique comme un défi excitant. Par la nouvelle donne incarnée par Néo, les formes de la Matrice se devaient de se montrer dans leur recomposition. D’où la recharge énoncée par le titre. Seulement, Reloaded va redéfinir ce qui, par le scénario, fut déjà modifié dans la conclusion du premier volet. Une revalorisation qui se retrouve dans un nouveau but donné à la Matrice – la scène décriée avec l’Architecte – et par une mise en scène kitsch et jusqu’au-boutiste – la fameuse course-poursuite sur autoroute.

Mais pour nous, la redéfinition amorcée par les soeurs Wachowski dans ce diptyque qui ne dit pas son nom (avec Revolutions) se trouve dans une forme de spiritualité. Là où Matrix premier du nom semblait parfois séparé par le destin et l’action menant vers ce destin, Reloaded semble prendre parti pour la première option. Comme un pacte à forger avec son spectateur, les trente premières minutes du film nécessitent son approbation. A une nouvelle recrue prénommée Link, Morpheus demandera de lui faire confiance, de croire en ces convictions. «  Je vous ferai confiance », répond Link. Pas convaincu, Morpheus le regarde en silence. « Enfin, je vous fais confiance », corrige alors la recrue.

De retour dans le Nebuchadnezzar / © Warner Bros

Les images de l’amour

Le nouveau chemin que doit emprunter Néo (et le spectateur) dans le film reproduit globalement le sens inverse du premier volet. Quand ce dernier contait un passage du virtuel au réel, tout semble inversé dans Reloaded.  A ceci près que le dernier segment du film de 1999 donnait un premier présage : le baiser de Trinity, dans le réel, redonnant vie à Néo dans la Matrice. Cela nous aide à comprendre où se base la spiritualité de Reloaded : dans l’histoire d’amour entre Néo et Trinity. Plus que la guerre homme/machine et l’apport de nouveaux effets visuels, ce film raconte l’histoire d’un amour entre deux mondes liés par deux images. Le film s’ouvrant sur Néo rêvant de Trinity qui chute d’un immeuble. De la vie retrouvée dans le premier film, le spectre de la mort refait surface. Ce rêve funèbre va rythmer tous les possibles.

S’afficher en rêve comme en virtuel, jusqu’à bien sûr s’étendre dans la réalité, l’amour entre Néo et Trinity est une piste que nous risquons de retrouver dans Resurrections. Néo semble en effet avoir oublié qui il était, mais part à la recherche de celle qu’il aimait et qui croyait en lui. Cette histoire d’amour donne un crédit important à la mise en scène de Matrix, et dans ce second volet à travers deux scènes que nous avons évoquées plus haut.

Le rêve de Néo / © Warner Bros

La scène de l’Architecte, d’abord, censé redessiner le statut d’Elu qui émaille la destinée de Néo. Cependant, face au choix, à effectuer seul, de la sauvegarde de sa propre espèce, Néo choisit de sauver Trinity. Choix motivé par la reproduction du rêve ouvrant le film, Néo voyant dans différents écrans de télévision l’image de Trinity sautant d’un immeuble. Dans la mise en scène, Néo fait le choix d’une image se rechargeant dans sa vision des événements et des décisions à prendre. Une répétition voire une résurgence des images qu’il est possible de modifier  : Néo finira par sauver Trinity, et même deux fois.

Action surréel

C’est un nouveau signe de l’engagement des sœurs  Wachowski dans leurs histoires et dont l’une des tendances que nous pointions dans Matrix était la provocation des formes. Redessiner les contours de l’histoire en même temps que de la conter fait partie du geste wachoswkien. Le rêve revient, mais se déforme. Le rôle de Trinity dans la scène de l’autoroute, au-delà de l’amour comme source d’images, lui donne un rendu kitsch. Trinity, héroïne d’un à-côté, devient source d’une tension immense et jubilatoire. A contre-sens sur l’autoroute, échappant à des policiers et des agents, protégeant l’homme permettant à Néo de rejoindre la Source…

Personnage de feu et d’action / © Warner Bros

Trinity est la véritable héroïne de cette scène aux dimensions surréelles et globalement exécutée par Carrie-Ann Moss elle-même. C’est porté toute une attention à la place d’un personnage dans un récit et de ce qu’il provoque comme altérité. Trinity, dans ce sens, révèle toute la portée collective qu’incombe l’univers de Matrix. Sorte de contrechamp amoureux, où la part de spiritualité s’ajoute à ce goût extrêmement prononcé pour le cinéma d’action tout-terrain.

C’est construire un cinéma où l’action et le mouvement n’a de valeur que s’il est porté par une histoire, et à l’intérieur du lien entre les personnages. Chose étonnamment perdue dans ce que l’on pourrait appeler le cinéma d’action d’aujourd’hui. A cela vous rajouter les (ré)inventions des sœurs Wachowski, et l’idée que le film est guidé par ses propres images. Jusqu’à la conclusion.

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