La Madeleine de ProustLITTÉRATURE

Madeleine de Proust #30 – « Outremonde » : la fresque américaine de Don DeLillo

© Fanny Monier

Chaque mois, un·e membre de la rédaction se confie et vous dévoile sa Madeleine de Proust, en faisant part d’un livre qui l’a marqué pour longtemps, et en expliquant pourquoi cet ouvrage lui tient à cœur. Ce mois-ci, Outremonde de Don DeLillo.  

Le jour de ma rencontre avec Outremonde (Underworld en version originale) j’ai 19 ans, toute fraîchement diplômée de ma première année de licence et en voyage en Angleterre. Je suis dans une enseigne de livres d’occasion et je cherche à acheter les livres les plus épais possible au prix le plus bas. Outremonde fait 827 pages, possède une couverture mystérieuse et aucun résumé – le tout pour 3 £. Je repars avec sous le bras. Il me faudra deux ans pour en venir à bout.

Outremonde
© MacMillan Publishers

Je l’ai appris plus tard, mais DeLillo est une pointure de la littérature américaine contemporaine. À l’époque je ne connaissais de cette littérature que les grands noms cités en cours d’anglais. Salinger, Fitzgerald… Mais l’Amérique que j’ai rencontrée dans les pages d’Outremonde était complètement différente. Plus vivante, plus torturée, mais surtout diverse.

Fresque délirante

J’ai été profondément marquée par la langue de DeLillo, la manière dont il joue avec les mots. Par ses phrases qui roulent comme les vagues d’une sorte de nostalgie poussiéreuse. C’était la première fois que je lisais un roman d’une telle ampleur, et c’est une des raisons pour lesquelles j’ai mis si longtemps à le terminer.

« It was the rooftop summer and the air was filled with heroes, the dusty sky that burned with stormlight. »

Outremonde, Don DeLillo

Outremonde, publié en 1999 est une épopée américaine qui couvre une période historique allant des années 1950 aux années 1990. Découpé en parties qui vont et viennent dans la chronologie, il fait intervenir une chorale de personnages. Au début, la logique narrative complique la lecture. Beaucoup de noms (parfois très connus), de familles, de lieux s’entrecroisent sans se répondre. Petit à petit les liens se tissent autour d’événements à différentes échelles : un meurtre, le match de baseball du siècle (Giants-Dodgers, 1951), la crise des missiles de Cuba.

En lisant ce roman j’ai parfois eu l’impression d’être face à un essai. Pour moi, DeLillo avait réussi à disséquer l’Amérique. Il fait émerger un ensemble d’interrogations et de réflexions qui n’avaient jamais traversé l’esprit de la jeune Française que je suis. Et cette Amérique longtemps fantasmée m’est apparue sous un nouvel angle – j’étais transportée. J’avais l’impression de toucher une vérité du bout des doigts. Dure parfois, terriblement poétique souvent.

« The nights so breezy and clean. Shadows, whispers, a man’s chinline, his hair, how he holds a wineglass. »

Outremonde, Don DeLillo

J’ai fermé ce livre l’été 2019, pelotonnée dans un hamac, le crissement des cigales en fond sonore. Ce moment est gravé dans mon esprit. Et Outremonde me hante encore à ce jour. C’est même grâce à lui que j’ai décroché le stage de mes rêves…

Auteur·rice

Étudiante en journalisme culturel à Paris 3

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