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Les fantastiques « Faunes » de Sharon Eyal à l’Opéra de Paris

"Faunes" de Sharon Eyal - Photographie : Yonathan Kellerman / Onp

En parallèle du grand ballet de fin d’année – Don Quichotte – l’Opéra de Paris propose un triple programme Ashton/Eyal/Nijinski jusqu’au 2 janvier 2022. Une soirée dominée par «  Faunes  » la courte mais très marquante création de Sharon Eyal.

Cette soirée a pour fil conducteur la Russie  : deux compositeurs russes (Rachmaninov et Stravinsky) puis deux hommages aux ballets russes. D’abord avec Faunes, l’entrée au répertoire de Sharon Eyal. L’ancienne danseuse de la Batsheva Company retravaille une des pièces emblématiques des Ballets Russes sur le Prélude à l’après-midi d’un faune de Claude Debussy. Puis avec la version du Sacre du printemps chorégraphiée par Vaslav Nijinski en 1913 et réadaptée par Dominique Brun.

Parenthèse enchantée

Sur scènes, huit danseurs. Des femmes et des hommes, tous revêtus du même costume couleur chair dessiné par Maria-Grazia Chiuri, la directrice artistique de Dior. Ils se déplacent sur la demi-pointe des pieds, s’éloignent et se rapprochent. Sont-ils des humains  ? Des animaux  ? Des arbres  ? Tout à la fois. Ce sont les faunes de Saron Eyal. Ce Faunes constitue la parenthèse enchantée mais trop courte (12 minutes !) de cette soirée. Il faut souligner le très beau travail de lumières d’Alon Cohen. Avec délicatesse, il parvient très simplement par un éclairage vert à suggérer le sous-bois fantastique dans lequel évoluent ces créatures merveilleuses. Dans cet écrin, les danseurs les plus portés sur le contemporain – Simon Le Borgne, Marion Barbeau – expriment tout leur talent. On regrette presque la partition un peu poussiéreuse de Debussy tant cette pièce aurait mérité quelque chose de plus flamboyant.

En ouverture, le Rhapsody de Frederick Ashton sur une musique de Serguei Rachmaninov ne déplait pas mais n’enchante pas non plus. La pièce met un certain temps à démarrer et repose avant tout sur la qualité d’interprétation des solos et pas de deux. Les décors et costumes créés en 1980 – dans une esthétique qui mélange bizarrement le Bauhaus et les microbes de la série pédagogique La vie – n’ont pas spécialement bien vieilli.

Patrimoine chorégraphique

La soirée se termine par le «  premier  » Sacre du printemps créé en 1913 par Nijinski. Il est évidemment nécessaire que l’Opéra perpétue et célèbre le patrimoine chorégraphique. Le fait que cette pièce, qui a fait scandale en son temps, soit programmée plus de cent ans après est en soi important. Les quelques sifflets entendus à la fin (il faut croire que certains spectateurs n’ont pas beaucoup évolué depuis 1913…) confirment que ce ballet doit continuer d’être montré.  Il n’empêche, pour le commun des balletomanes, ce Sacre a vieilli et n’a plus la charge polémique du siècle dernier. Les costumes évoquant la Russie des campagnes sont beaux mais un peu passés et l’ensemble manque de globalement de virtuosité. Cent ans de danse sont passés par la et cela se ressent.

Peut-être que la dramaturgie de cette «  soirée Russe  » aurait pu être améliorée en revoyant l’ordre de la programmation. Un Sacre en début et un Faunes pour conclure auraient surement mieux mis en valeur l’héritage historique et donné plus de force à cette soirée.

Ashton/Eyal/Nijinski à l’Opéra de Paris (Garnier) jusqu’au 2 janvier 2022. Durée : 1h50 avec entracte. Informations et réservations : ici

Auteur·rice

Rédactrice "Art". Toujours quelque part entre un théâtre, un film, un ballet, un opéra et une expo.

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