CINÉMA

« Une Vie démente » : La maladie tout en beauté

Une vie démente
© Arizona Films

À travers Une Vie démente, Ann Sirot et Raphaël Balboni mettent en lumière le phénomène douloureux du déclin de la mémoire d’un proche. Présentée au Festival Jean-Carmet, cette exquise narration est portée par l’infiniment touchante Joe Leseure.

C’est l’histoire d’un couple, Noémie et Alex, désireux d’avoir son premier enfant. Suzanne, mère d’Alex, cherche à lui offrir un beau cadeau pour son anniversaire, quelque chose qui marquerait le coup. «  Rien de mieux qu’un nouveau lit pour encourager la procréation, non  ?  » fait-elle remarquer. Drôle, décomplexée et attachante, cette matriarche au grand cœur connait quelques absences. Rien d’alarmant dans un premier temps. Et puis petit à petit, l’état s’aggrave. À la suite d’un simple exercice de mémoire, les résultats sont sans appel. La mémoire courte de Suzanne n’est plus fonctionnelle. Les perspectives d’enfants d’Alex et Noémie sont mises à l’épreuve. Suzanne est malade. Elle perd ses repères, sans s’en apercevoir. La femme devient enfant tout en gardant ses repères d’adulte. Son amour pour la création artistique reste intacte, ce n’est que son rapport au monde qui rajeunit au fil des mois.

Une Vie démente questionne notre rapport à la vie. À travers l’expérience d’Alex et Noémie, on ne peut que s’identifier aux aléas d’un quotidien arbitraire. Comment prendre le recul nécessaire face à la maladie ? Où reconnait-on le bonheur d’un être cher, dont les rapports à la vie changent constamment ?

Une mise en scène brillante

Une vie démente
Une vie démente © Arizona Films

À mesure que la démence grandit, le filtre de la parole disparait et les couleurs s’amoncellent dans les tableaux institutionnels. En effet, un judicieux parallèle coloré se dresse entre les rendez-vous obligatoires et la dégradation de la mémoire. Cette mise en scène, quasi géométrique, accentue intelligemment le passage de la vie régie par les règles de bienséance à celle des plaisirs exclusifs. S’installe peu à peu un je-m’en-foutisme délicieux, faisant fi des conventions sociales. Suzanne ne vit plus que pour ses plaisirs. Sa bouche prononce ces interdits mentaux inculqués en société. Bien que cela étonne dans un premier temps, c’est finalement ce qui est le plus doux à l’écran.

Ce long-métrage est d’une finesse sans pareille. Le quatuor Joe Leseure (Suzanne), Lucie Debay (Noémie), Jean Le Peltier (Alex) et Gilles Remiche (Kevin) semble évident. Le monde qui s’écroulait initialement en cache un nouveau, au sein duquel il pourrait faire bon vivre.

Parvenir à réaliser une production invraisemblablement drôle, sur un sujet jusqu’ici considéré délicat, tient du génie. C’est une implacable réussite.

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