La Madeleine de ProustLITTÉRATURE

Madeleine de Proust #28 – Du côté de chez Swann

Madeleine Du côté de chez Swann
© Fanny Monnier

Chaque mois, un membre de la rédaction se confie et vous dévoile sa Madeleine de Proust, en faisant part d’un livre qui l’a marqué pour longtemps, et en expliquant pourquoi cet ouvrage lui tient à cœur. Ce mois-ci, Du côté de chez Swann de Marcel Proust.  

Quoi de mieux pour une madeleine de Proust qu’évoquer l’œuvre qui a inspiré cette expression  ? Premier livre des huit ouvrages qui constituent La recherche du temps perdu, Du côté de chez Swann, c’est aussi le préambule de À l’ombre des jeunes filles en fleur, fameux prix Goncourt de l’an 1919, qui consacre Proust comme nouveau pape de la littérature français. Novateur et plutôt indétrônable, si l’on en croît la pléthore d’ouvrages, de films, de pièces de théâtres et de fans suscités par cette œuvre gargantuesque.  

Rencontrer Proust

J’ai beau être une grande lectrice depuis l’enfance, je ne connaissais pas Proust. Je ne connaissais pas et je n’étais pas intéressée – ma mère m’a toujours dûment appris que les classiques étaient, tous, toujours, ennuyeux. Et sur ce dossier-là en particulier, j’avais très envie de la croire. J’ai donc traîné mes à priori jusqu’à ma majorité – 2200 pages de romans et des phrases qui n’en finissent pas, et puis quoi encore  ? – jusqu’à ce que des amies manifestement plus érudites et bien intentionnées m’en conseillent la lecture. 

Pour faire une distinction, il y a La Recherche du temps perdu et Du côté de chez Swann. La « Recherche », c’est la grande saga très XIXe siècle qui raconte avec ses phrases chantantes et un goût du ragot qui ne laisse pas indifférent les péripéties d’une galerie de personnages, façon roman russe, mais version aristocratie française. Le premier volume, Du côté de chez Swann, présente cet univers – le fameux faubourg Saint-Germain, épicentre invaincu de tous nos fantasmes sur Paris – puis la rencontre de Charles avec Odette.

Swann, intemporel

Charles est un notable de l’époque, ami de la famille du narrateur. Quelqu’un de bien. Odette, avec toute la misogynie que comprend l’époque est quant à elle infréquentable. C’est une cocotte – sorte de semi-prostituée -qui traîne dans les salons où se rencontre le beau monde, dont le narrateur, dont Swann. Elle est très belle Odette, elle est maligne. Elle n’a pas de valeur aux yeux du monde, ça n’empêche pas Swann d’en tomber éperdument amoureux. Il la fréquente, demande à la revoir, aime sentir l’odeur de son cou. Finira par l’épouser au mépris des conventions sociales. De toute façon, ce Swann, il est esclave. Elle, est souveraine. 

Ce qui est fabuleux avec cette histoire, c’est la manière dont Proust décrit le sentiment amoureux, sa violence aussi – l’amour n’est pas vraiment réciproque, Swann se fait mener en bateau, mais qu’importe – l’attente entre chaque rencontre, les papillons dans le ventre, l’attente encore, la manière dont l’autre devient maître et vainqueur. C’est bouleversant de justesse, de vérité, ça n’a pas pris une ride. Il y a quelque chose de magique à voir que l’universel peut exister quelque part, que le sentiment amoureux d’un bourgeois parisien du dix-neuvième siècle peut être le même que celui d’une jeune fille de 18 ans au XXIe siècle. 

Auteur·rice

Journaliste

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