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(Re)Voir – « Le Milliardaire » : À la croisée des mondes

© D.R. (1960)

Le Milliardaire est une curiosité réalisée par George Cukor. Film hors du temps, il peut se lire comme un passage entre deux époques. À voir sur Ciné + ce 18 août à 20h50 et jusqu’au 30 septembre 2021 sur MyCanal.

Jean-Marc Clément (Yves Montand) est homme d’affaire richissime milliardaire à la fortune principalement héritée. Lorsqu’il apprends qu’une pièce Off-Broadway se monte pour le caricaturer, il décide de s’y rendre pour faire bonne presse. Le célibataire dilettante est irrésistiblement attiré par Amanda (Marilyn Monroe) et se fait passer pour un acteur amateur.

Une œuvre composite

D’abord, George Cukor est un auteur de premier plan au sein du cinéma classique de son époque. Il est un grand spécialiste des comédies et plus particulièrement romantiques. Sa période d’activité la plus dense artistiquement coïncide parfaitement avec l’Âge d’or d’ Hollywood. Le Milliardaire est donc un film assez tardif dans la carrière de Cukor. Il repose sur des poncifs un peu surannés du point de vu du traitement des personnages ou de la réalisation un peu sage.

Les années soixante est une décennie de terrible disette outre atlantique. Tandis que le plus beau cinéma du monde occidental est produit entre l’Adriatique et la mer Tyrrhénienne, Hollywood peine à renouveler les codes qui ont fait sa gloire. Walsh, Capra et Welles etc. ne réalisent presque plus. De surcroit, Le Milliardaire sort dans les salles pendant l’extraordinaire année 1960, sûrement la meilleur cuvée de tout les temps. Difficile de se rappeler d’un Cukor mineur parmi Psychose, La Ciociara, Rocco et ses frères ou l’Avventura, etc. Parallèlement, Montand est connu pour sa grande participation au cinéma français des années soixante-dix. Par ailleurs, les rencontres les plus importantes ont été celles de Costa-Gavras et surtout Sautet. Les rôles confiés sont plus intimistes, plus intéressants que l’étiquette du crooner richissime en manque d’amour.

Le Milliardaire se drape d’un ratio cinemaScope 2:35:1 dans le standard des grosses productions de l’époque. Le directeur photographie, Daniel L. Fapp est un artisan talentueux, récompensé par un oscar pour West Side Story. Marilyn Monroe est au sommet de son art, largement acclamée pour Certains l’aiment chaud. Montand se révèle assez bon, mais la restriction de la parole accordée à son personnage jure avec son importance et sa centralité. Le travail de posture et d’ethos si bon soit-il reste insuffisant pour pallier le manque de magie du métrage. Le film s’accorde beaucoup de charme par ses costumes impeccablement coupé et choisi par Dorothy Jeakins.

Finalement, il faut appréhender Le Milliardaire comme un carrefour entre deux époques : le cinéma musical américain représenté par West Side Story ou Les hommes préfèrent les blondes et le cinéma politique de tradition française.

Chronique d’une fin annoncée

Ensuite, il est intéressant de comparer The Swimmer de Franck Perry et le film de George Cukor. Tous deux mettent en scène le décalage de ses protagonistes avec la réalité. La mise en scène diffère complètement. Perry s’autorise des effets baroques à la Robert Aldrich, des ralentis pour accentuer le grotesque lorsque Ned (Burt Lancaster) court à côté du cheval. La décadence de cette Amérique blanche très aisé de la côte Est, est glorifiée, puis décriée. Jetée à la porte dorée érigée par les propriétaires WASP pour se séparer des classes inférieures. Pour Cukor, cette hiérarchie sociale permet d’élever ses membres de la société plus modestes comme Amanda dans Le Milliardaire.

The Swimmer (1968) © D.R.

Par ailleurs, cette morale peut avoir aussi ses bijoux. Le dernier grand métrage de Cukor, My Fair Lady reste une référence de la comédie romantique dans sa conception américaine classique. Le duo Hepburn-Harrison fonctionne mieux. De plus, la mise en scène est moins cache misère et Cecil Beaton porte un soin particulier aux décors. Enfin, la Warner utilise la technologie Technicolor particulièrement couteuse pour un format 2:20:1 Super Panavision 70 et un pellicule en 65 mm pour magnifier le grandiose de la comédie musicale. Cette démesure ressemble à la catastrophe industrielle Cléopâtre et son format Todd AO 2:20:1 en 70mm. En outre, cette débauche de moyens explique la réussite totale des restaurations qui sortent régulièrement.

Pour finir, Le Milliardaire reste sympathique à voir et réserve son lot divertissement grâce à sa photographie et le goût de Cukor pour les microcosmes sociétaux. Il est le témoin d’un changement nécessaire, d’une recette usée. Malgré toute sa bonne volonté, Cukor manque de « Yar » d’un Hantise ou Indiscrétions.

Ciné + diffuse Le Milliardaire le 18 août à 20h50

Le Milliardaire © D.R. (1960)

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