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Vaccination en Europe : entre lenteur et difficultés

© Pixabay / Fernando Zhiminaicela

Le 27 décembre 2020, la campagne de vaccination européenne a officiellement débutée. Près de trois semaines après cette date, les disparités entre les différents États membres révèlent des approches différentes mais des difficultés partagées. 

Pour anticiper la sortie de crise, l’Union européenne a décidé de prendre les devants en effectuant des achats groupés de vaccins au nom des Etats membres. Bien que l’achat de ces vaccins se soit fait de manière commune, chaque pays est responsable de la mise en place de sa propre stratégie de vaccination.

En quelques semaines, les différentes approches choisies se sont révélées payantes dans certains pays plus que d’autres. Au 13 janvier, l’Italie a déjà administré plus de 885 000 doses à sa population. En comparaison, la France, qui tente de rattraper son retard initial, a vacciné à peine plus de 245 000 personnes. 

Au Royaume-Uni, tout s’accélère

Le Royaume-Uni, alors qu’il devait encore adhérer aux règlements européens, a décidé d’utiliser une dérogation pour commencer à vacciner sa population avant le reste des autres pays. Avec une gestion de crise très décriée par une majorité de la population et un nouveau variant plus contagieux apparu en automne, le seul espoir du gouvernement repose sur une campagne de vaccination rapide et efficace. 

Par chance, les Britanniques se montrent moins réticents que la moyenne européenne à se faire vacciner. La proportion de la population favorable à un des trois vaccins actuellement autorisés sur le marché britannique, dont celui développé par l’université d’Oxford et Astra Zeneca, est satisfaisante. Un tiers de sa population se déclare réticente à prendre le vaccin, contre une personne sur deux en France.

Le pays a donc débuté sa campagne le 7 décembre 2020 en vaccinant en priorité le personnel des maisons de retraite et les personnes de plus de 80 ans, suivi par le personnel hospitalier le plus exposé. 

A ce jour, le Royaume-Uni a déjà administré plus de 2,6 millions de vaccins. Le pays mise sur une campagne d’éducation de masse, faisant appel à la fois à l’altruisme et à l’intérêt personnel de la population. Des influenceurs seront également déployés pour faire passer le message, s’inspirant de la figure d’Elvis Presley qui a encouragé les adolescents à se faire vacciner contre la polio en 1956 aux États-Unis.

La Commission européenne sous le feu des critiques

Quant aux pays membres de l’UE, ils sont pour l’instant sous la tutelle de la Commission européenne en ce qui concerne l’achat de vaccins. Les campagnes de vaccination s’effectuent dans chaque État au rythme des préoccupations et des moyens nationaux.

La Commission défend le principe d’un égal accès au vaccin entre les États membres. Pourtant, certains gouvernement ne se retiennent désormais plus d’accuser Bruxelles de ralentir le rythme des campagnes nationales du fait de ce principe. Les premières craintes d’une pénurie apparaissent, notamment en Allemagne où les stocks alloués ne permettraient pas au pays de tenir le rythme de vaccination initialement prévu. 

Au nom de cette égalité, la Commission a décidé de plafonner les livraisons par pays, afin de faciliter la logistique et d’assurer un traitement équitable. Les probabilités d’une pénurie ont diminuées avec la récente autorisation du vaccin de Moderna. Néanmoins, il est encore trop tôt pour évaluer si la stratégie de déléguer l’achat et les négociations de vaccins aux instances européennes était la bonne. 

Problèmes logistiques et scepticisme

Si la pénurie de vaccin n’est pas encore imminente, quels sont les problèmes les plus fréquemment rencontrés par les pays européens ? La lenteur de certains États à faire vacciner ceux qui en ont le plus besoin s’explique dans un premier temps par une stratégie gouvernementale jugée inadaptée, puis par des problèmes logistiques dans la distribution du vaccin.  

Les stratégies gouvernementales de déploiement du vaccin sont influencées par le rapport qu’entretiennent les populations avec les vaccins. C’est le cas en France, où la population est la plus hésitante à se faire vacciner en Europe.

Les Français entretiennent un rapport difficile avec cette pratique, les autorités ont décidé de miser sur la précaution. Cela leur a vite été reproché, alors qu’une partie de la population attend de se faire vacciner avec impatience et que des secteurs entiers de l’économie sont à l’arrêt depuis de nombreux mois.

Un déploiement massif et rapide des vaccins fait partie des mesures indispensables pour atteindre l’immunité collective, qui permettrait un retour à une activité pré-pandémique dans des secteurs comme la restauration ou l’évènementiel.

Des problèmes de logistiques, comme la contrainte de conserver les vaccins Pfizer-BioNTech à moins de 80 degrés, ralentissent également la distribution de vaccins. La question centrale de l’administration ou de l’entreprise privée à qui confier le pilotage de la vaccination est également débattue. C’est notamment le cas en France où le choix de déléguer cette tâche aux agences régionales de santé ne fait pas l’unanimité.

Le commissaire européen français, Thierry Breton, se dit pourtant confiant. Il reconnaît que l’Europe a démarré sa campagne de vaccination un mois plus tard que le Royaume-Uni par exemple, mais il considère que ce temps sera rattrapé d’ici quelques semaines. 

L’Italie et le Danemark, exemples européens

Parmi les pays qui se distinguent par leur bonne performance, l’Italie se démarque ayant, à titre de comparaison, déjà administré plus de vaccins que l’Allemagne. Cela s’explique en partie par le choix de Rome de concentrer ses efforts durant cette première phase de vaccination sur le personnel sanitaire, plutôt que les résidents d’Ehpad.

Les hôtes des maisons de retraite sont aussi vaccinés mais en moindre quantité et les contraintes logistiques sont donc quelque peu allégées, puisque l’acheminent vers ces lieux et le recueil du consentement de leurs résidents allongent le processus de vaccination. Ce choix pourrait expliquer le retard accumulé en France, où ceux-ci ont été prioritaires.

Un autre pays européen est également en haut de l’échelle : le Danemark. Avec une population de seulement 5,8 millions d’habitants, il est plus facile pour les autorités de vacciner rapidement mais le gouvernement a également fait un choix particulièrement audacieux dans sa stratégie vaccinale. En décidant d’utiliser le plus rapidement possible toutes les doses déjà livrées plutôt que de garder la moitié pour la seconde dose à administrer, le pays a déjà vacciner plus de 2 % de sa population.

Il faudra observer si cette stratégie continue de payer dans les prochains mois, mais certains laboratoires ont déjà mis en garde contre les risques potentiels de cette pratique. En effet, si les stocks de vaccins venaient à manquer, il ne serait pas possible d’administrer la deuxième dose du vaccin dans les temps recommandés par les laboratoires.

Plusieurs organisation de médecins craignent également qu’une couverture vaccinale élargie, mais fragilisée par un faible niveau d’immunité, constitue un terrain favorable à l’apparition de nouveaux variants, puisque que plus un virus circule, plus il explore des combinaisons différentes.

Les Pays-Bas en bas de l’échelle

La France tente de rattraper son retard accumulé au cours des premières semaines de sa campagne de vaccination mais reste parmi les pays européens ayant le moins vacciné. Elle partage sa place avec d’autres pays qui débutent à peine leur campagne de vaccination comme les Pays-Bas.

L’un des principaux retards aux Pays-Bas a été causé par un système informatique qui devait être mis à niveau pour permettre aux autorités sanitaires locales de suivre les rendez-vous et de vérifier le type de vaccin administré au patient. Mais en plus de cela, les autorités ont présupposé que le vaccin Oxford/Astra Zeneca serait le premier prêt à être utilisé, ce qui ne fut pas le cas. Contrairement à celui de Pfizer, celui-ci n’a pas besoin d’être stocké à des températures extrêmement basses et peut donc être administré plus facilement par les médecins locaux, ce qui a ralenti d’avantage le lancement de la campagne.

Au 14 janvier, le pays européen – qui a été le dernier a débuter sa campagne de vaccination – n’a ainsi vacciné que 0,27 % de sa population. Et ce, alors que les trois quarts des Néerlandais se déclarent prêts à recevoir l’injection. Seuls la Bulgarie et la Serbie ont jusqu’à présent moins vacciné que les Pays-Bas.

Et dans le reste du monde ?

Si le déploiement des vaccins contre la Covid-19 se fait de manière inégale dans l’Union européenne et que la pénurie de vaccins menace nombre de stratégies vaccinales, d’autres situations sont observables dans le reste du monde.

L’Europe a vacciné moins qu’elle ne l’espérait à ce stade mais certains pays comme la Palestine n’ont pas encore la possibilité de prévoir le début d’une campagne de vaccination avant août 2021. La situation est particulièrement contrastante avec Israël, à quelques kilomètres, qui est le pays avec le plus fort taux de vaccination au monde, le seuil de personnes vaccinées dépasse les 20 %.

Les pays voisins de l’Europe sont également préoccupés par leur situation vaccinale et de nombreuses voix se font entendre pour que l’Europe aide, entre autres, son voisin ukrainien.

Mais en considérant les intérêts géopolitiques que posent la vaccination contre ce virus, rien n’est moins sûr à ce stade. L’Ukraine ne peut passer de commandes auprès des producteurs occidentaux comme Pfizer ou Moderna parce que le pays est confronté à la concurrence des pays riches.

D’un autre côté, l’autre possible source de vaccin est taboue, puisqu’il s’agit du vaccin produit en Russie, « l’ennemi » qui a annexé la Crimée en 2014. Dans ce contexte, les responsables politiques ukrainiens accusent Moscou d’instrumentaliser ce dossier dans le but de renforcer son influence sur l’Ukraine. Un geste de solidarité de l’Union Européenne serait une décision forte face à Moscou qui a fait de la vaccination un outil de sa diplomatie.

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