CINÉMA

CEFF – « Jumbo » : l’amour à la machine

© Caroline Fauvet

En ouverture du Champs-Élysées Film Festival mardi 9 juin dernier, Jumbo a réuni 500 spectateurs « on line ». Ce premier long métrage de Zoé Wittock raconte une histoire d’amour un peu particulière entre une jeune femme introvertie et un manège de fête foraine. Audacieuse ode à la différence.

En 2007, une américaine prénommée Erika a épousé notre Dame de fer nationale, et oui la Tour Eiffel en personne, après avoir été irrémédiablement attirée par elle trois ans auparavant. Cette histoire a inspiré la scénariste et réalisatrice Zoé Wittock qui après avoir discuté avec madame Eiffel, s’est rendue compte que cette dernière ne tenait pas un discours fou mais plutôt assez logique concernant son objectophilie (soit le fait d’éprouver une attirance sexuelle et/ou amoureuse pour un objet).

Dans Jumbo, l’objet n’est ni plus, ni moins qu’un manège de fête foraine. Jeanne, interprétée par la brillante Noémie Merlant, est une jeune femme – enfant à laquelle il est difficile de donner un âge. Elle vit avec sa mère (Emmanuelle Bercot) et travaille comme gardienne de nuit dans un parc d’attraction. Fascinée par les machines qu’elle reproduit chez elle avec du fil de fer et des luminaires colorées, Jeanne ne semble pas s’intéresser au garçons, au grand désespoir de sa mère, qui elle entame une nouvelle relation avec un homme. Pourtant, Marc (Bastien Bouillon), son patron est très attirée par la jeune femme.

© Caroline Fauvet

Jeanne n’a d’yeux que pour la nouvelle attraction, le « move it » qu’elle rebaptise très vite Jumbo. Le film prend alors un tournant fantastique quand la machine s’éveille comme un fantasme, répondant à ses désirs et lui permettant de s’envoyer – littéralement – en l’air. À travers cette histoire et ces personnages singuliers interprétés par des comédiens tout aussi particuliers, Zoé Wittock nous offre une une ode originale à la différence, un coming-out objectophile pour rendre hommage à toutes les diversités pour aller au-delà du jugement des autres et défendre un amour unique en son genre.

Malgré quelques maladresses narratives, il émane de l’écriture et de la mise en scène de Jumbo une poésie enchanteresse, un romantisme puissant qui fait véritablement la force du film. La sincérité de la cinéaste et de ses comédiens nous rappelle qu’il est réjouissant de voir des films comme celui-ci, aussi atypique et prenant le parti de s’ancrer dans aucun genre tout en effleurant plusieurs – du drame social au film fantastique assumé. S’agit-il d’un rêve, de la folie d’un personnage ou d’un univers parallèle où les objets auraient leur mot à dire ? Peu importe, puisque qu’il y a un regard, et un désir de faire du cinéma hors normes.

En salles le 1er juillet 2020.

Auteur·rice

J'entretiens une relation de polygamie culturelle avec le cinéma, le théâtre et la littérature classique.

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