La Madeleine de ProustLITTÉRATURE

La Madeleine de Proust #12 – « Zadig » de Voltaire, lectures plurielles

© Fanny Monier

© Fanny Monnier

Chaque mois, un membre de la rédaction se confie et vous dévoile sa madeleine de Proust, en faisant part d’un livre qui l’a marqué pour longtemps, et en expliquant pourquoi cet ouvrage lui tient à cœur.

Pour beaucoup, Zadig est un énième livre scolaire que l’on parcoure dubitativement comme un mauvais plat qu’il faut goûter pour être poli. Pour moi, Zadig a été la porte d’entrée vers la littérature, il m’a prouvé que les genres ne sont pas des barrières mais des ponts vers d’autres réflexions.

Ecrit par Voltaire et publié en 1748, ce conte philosophique raconte l’histoire de Zadig, homme riche, beau et intelligent, qui traverse l’orient et subit les aléas de la fortune. Lors de son périple, il rencontre une myriade de personnages qu’il conseille et découvre. Sa grande sagesse le mène vers les hautes sphères du pouvoir et permet à l’auteur de délivrer sa philosophie sur un fond de Babylone fantasmée par les Lumières.

La première fois que je l’ai lu, il ne m’a pas fallu plus de deux jours pour le terminer. J’étais prise par les mécanismes du conte et par tous les tableaux mis en avant par Voltaire pour animer le périple de son personnage. La seconde fois m’a prise plus temps. Je n’aimais plus Zadig et surtout je n’aimais plus Voltaire. Le discours me paraissait tout à coup moralisateur et arriéré. J’y voyais le sarcasme déplacé d’un philosophe en perruque qui applique les problèmes qu’il rencontre à un Orient qu’il ne connait pas.

Pourtant, je suis restée sur le premier sentiment de ma lecture et sur l’émerveillement suscité par le conte philosophique. C’est un livre que j’ai lu en été, que j’ai acheté dans une librairie d’occasion remplie d’ouvrages aux pages jaunies par le temps. Ce contexte favorable a permis que j’apprécie l’histoire de Voltaire.

Et voilà que ma lecture a, elle aussi, été modifiée par le temps qui passe et les perceptions qui changent. Les aléas de la fortune ont transformé l’expérience que j’avais d’un texte, pourtant considéré comme immuable. C’est parce que j’ai pu redécouvrir Zadig qu’il fait partie des récits que je préfère. Ainsi, un livre peut être infini puisque sa lecture n’est jamais la même.

Etudiante en master de journalisme culturel à la Sorbonne Nouvelle, amoureuse inconditionnelle de la littérature post-XVIIIè, du rock psychédélique et de la peinture américaine. Intello le jour, féministe la nuit.

    You may also like