Trois ans après son moyen-métrage, Haramiste, Antoine Desrosières reprend le même sujet et les mêmes jeunes comédiennes Souad Arsane et Inas Chanti pour un long-métrage approfondi sur la sexualité des jeunes. Un film audacieux et pertinent qui va forcer les gars à se mettre à genoux.
Très ancré dans l’actualité, À genoux les gars a été co-écrit avec les deux comédiennes Souad Arsane et Inas Chanti afin d’être au plus près des questionnements et des désirs sexuels des jeunes filles d’aujourd’hui. Le cadre très intimiste et proche des acteurs n’offre pas une belle photographie. Néanmoins ce parti-pris mi-docu/mi-fiction sert une succession de séquences incisives et un ton libéré que permet le cinéma. C’est avec l’appui un humour très gênant que le réalisateur Antoine Desrosières livre un film audacieux au rythme fou et aux dialogues qui fusent comme des tirs de mitraillettes. Il y confronte différents préjugés autour du sexe et des différences entre les hommes et les femmes qui agitent les cerveaux adolescents.
A Strasbourg, d’une chambre de jeune fille à un kebab, d’un parking à une cage d’escalier, le cinéaste s’amuse d’une intrigue de revenge porn entre deux filles et deux garçons. Rim et Yasmina sont sœurs et sentent chacune leur désir sexuel s’éveiller pour les garçons. Elles sont à l’âge des premiers émois et des interrogations sur ce que l’on peut faire ou ne pas faire avec un garçon. Quels plaisirs procure le sexe ? Une fille doit-elle sucer ? De leur côté, les jeunes hommes ont évidemment des idées plutôt arrêtées et égoïstes sur la sexualité. Alors que les deux couples passaient tout leur temps libre tous les quatre, Rim doit partir seule en voyage scolaire. Les garçons s’adonnent alors à un jeu de manipulation sur Yasmina, abusant d’elle et mettant en danger sa relation avec sa sœur. Sous la pression d’une vidéo pouvant être diffusée à tout moment, Yasmina va se retrouver moralement menacée par les garçons. Près de cette jeune fille très spontanée, le spectateur va continuer de la suivre dans ces remises en questions jusqu’au renversement de la prise de pouvoir. Le tout enrobé de deux superbes scènes d’ouverture et de clôture se répondant en miroir, annonçant la libération de la sexualité féminine. Si certains pourraient être gênés par certains choix esthétiques du réalisateur, Antoine Desrosières signe un film osé, féministe et dérangeant. Et si quelques fragilités persistent dans la mise en scène, on ne peut que saluer la prise de risque du propos.





