CINÉMA

Retour sur un événement du Festival Lumière : Quentin Tarantino et le cinéma des années 1970

Pour sa 8e édition, le Festival Lumière a vu les choses en grand ! Un nombre important d’invités prestigieux, une multitude de programmations et un Prix Lumière destiné à la splendide Catherine Deneuve, figure emblématique du cinéma français.

Après avoir reçu son Prix Lumière en 2013, Quentin Tarantino revient non pas comme cinéaste mais en véritable cinéphile, avec une programmation conçue par ses soins. Les festivaliers ont eu le bonheur de l’apercevoir un grand nombre de fois. Lors de la cérémonie d’ouverture où il présente le film Butch Cassidy and the Kid, il est également présent pour dire quelques mots sur la plupart des films de sa programmation. Il nous fait la surprise d’être là à l’occasion d’autres séances, de façon bien plus hasardeuse, par simple plaisir de voir les films du festival, pour le plus grand bonheur des festivaliers. Il a également animé une master class à l’Auditorium de Lyon sur ses recherches à propos du cinéma des années 1970.

Genèse du projet de Quentin Tarantino sur le cinéma des années 1970

Alors que Tarantino nous apparait comme un cinéaste populaire et accompli, il se lance dans une approche d’historien du cinéma sur une année précise. Qu’est ce qui le pousse à faire ces recherches ? Avant tout une curiosité de cinéphile mais aussi ses souvenirs d’enfance. Effectivement, en 1970, Tarantino a alors 7 ans et va souvent au cinéma avec ses parents. Ainsi, il mêle sa propre expérience de jeune spectateur de l’époque (ayant vu les films, les bandes-annonces et autres trailers), avec le souvenir des autres spectateurs dans les salles de cinéma et de leurs réactions face à un nouveau genre de films aux blagues graveleuses auxquelles ils répondent par des gloussements.

Il ne s’inspire pas seulement de son expérience, son désir est de produire une recherche objective et au service de l’histoire du cinéma. C’est pourquoi il s’inspire du livre de Mark Harris, Pictures at a Revolution : Five Movies and The Birth of the New Hollywood, qui décrit une période charnière dans l’industrie cinématographique aux États-Unis, après la réception de cinq films importants (Bonnie and Clyde, The Graduate, Guess Who’s Coming to Dinner, In the Heat of the Night et Doctor Doolittle).

Le Nouvel Hollywood

Cette année charnière qui intéresse particulièrement Tarantino est celle qui marque la victoire du Nouvel Hollywood. Il s’agit d’un nouveau modèle dans l’industrie cinématographique qui rompt littéralement avec le Hollywood classique. 1970 est l’année où sont sortis beaucoup de premiers films de nouveaux réalisateurs. D’autres ont fait un grand film cette année-là puis le silence radio, pour certains parce qu’ils n’ont sorti d’autres films que bien plus tard, pour d’autres parce qu’ils sont morts peu de temps après. De fait, cette année apparait comme une “nouvelle vague” américaine.

Tarantino n’a pas choisi quatorze films au hasard ou bien ceux qui lui plaisaient le plus pour constituer sa programmation mais a essayé de rassembler les films les plus représentatifs de la production mondiale et les mieux reçus par le public de l’époque. Ces quelques films illustrent la grande liberté de filmer des cinéastes, l’abolition de beaucoup de contraintes qui étaient encore en vigueur quelques années auparavant (notamment avec le Code Hays, un code de censure régissant la production des films, de 1934 à 1966).

En découlent des films où la nudité n’est plus tabou : elle est montrée de la plus simple façon dans Drive, he said ! de Jack Nicholson, de façon beaucoup plus érotique dans Zabriskie Point de Michelangelo Antonioni et d’autant plus dans Hollywood Vixens de Russ Meyer qui tend presque à la pornographie. Les films d’horreur ou films de genre prennent également un nouveau tournant, beaucoup plus obscène et gore qu’auparavant, comme par exemple chez le maitre en la matière, Dario Argento, avec L’Oiseau au plumage de cristal.

Un festival quelque peu épars ? 

Un festival, 390 séances, 180 films, de nombreuses rétrospectives et invitations, des avant-premières et autres hommages notamment au cinéma muet. En tout, une petite vingtaine de programmations. Alors peut-on parler de cohérence pour cette 8e édition ? Pas vraiment, le festival cette année a plutôt été marqué par l’éparpillement, la diversité. D’ailleurs, même la place de la personne considérée normalement comme la plus importante durant ce festival est très paradoxale. En effet, l’actrice Catherine Deneuve arrive sur le tard, semble presque évincée par la présence d’invités tel que le réalisateur coréen Park Chan-Wook, venu présenter son dernier film Mademoiselle, l’inimitable Gaspard Noé, Jerry Schatzberg, Nicolas Winding Refn et j’en passe.

Toutefois ce foisonnement est aussi positif puisqu’il a permis aux spectateurs de voir des films très variés, très différents les uns des autres. Le dernier problème qui se pose alors, c’est l’envie de tous les voir !

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