LITTÉRATURE

La fulgurante ascension du phénomène Joël Dicker

Jeune écrivain suisse au talent indéniable, Joël Dicker s’est révélé grâce au polar passionnant « La Vérité sur l’affaire Harry Quebert ». Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le succès fut au rendez-vous ! Plus d’un million d’exemplaires vendus, deux Prix prestigieux (Goncourt des Lycééns, Prix du roman de l’Académie Française), bref un plébiscite mérité pour un livre passionnant de bout en bout, et dont la trame narrative ne cesse, page après page, de surprendre le lecteur. Avec Le Livre des Baltimore, Joël Dicker s’éloigne du polar pour laisser place à une narration beaucoup plus psychologique, s’intéressant d’avantage à la thématique du drame familial. Concentré sur le même personnage, à savoir l’écrivain sans inspiration Marcus Goldman, Le Livre des Baltimore semble malgré tout être un coup de frein au succès monumental de son auteur. Retour sur le phénomène Joël Dicker.

Un début de carrière mouvementé

À 31 ans, rien ne prédestinait Joël Dicker à un tel succès dans les librairies. Diplômé de droit, le futur écrivain intègre le Parlement Suisse en tant qu’attaché parlementaire. Un début de carrière prometteur semble s’ouvrir à lui. Pourtant, c’est bel et bien l’écriture qui semble peu à peu s’emparer de sa vie. Lui, le grand admirateur de Philip Roth et de Nabokov ne peut s’éloigner de sa passion première : l’écriture. Après avoir longuement travaillé sur son premier manuscrit, Joël Dicker présente sa première œuvre aux maisons d’éditions : un roman intitulé Les derniers jours de nos pères. Et c’est une terrible désillusion pour le jeune écrivain puisque aucune maison d’édition n’accepte de publier le roman. Découragé, le jeune homme décide tout de même de présenter son manuscrit au Prix des écrivains genevois 2010… et énorme surprise : il décroche le premier prix ! Comble de bonheur pour Dicker, il est contacté par l’un des piliers de l’édition suisse,  Vladimir Dimtrjevic, aujourd’hui décédé. Persuadé que le manuscrit fera un carton dans les librairies françaises, l’éditeur suisse soumet le roman à Bernard de Fallois. Ce dernier décide alors de donner raison au travail de Dicker en acceptant de publier le livre, qui sort donc en septembre 2012. Si Les derniers jours de nos pères n’a pas le succès escompté, De Fallois encourage Dicker à écrire de nouveau, persuadé que son deuxième roman sera nettement meilleur.

Un succès fulgurant

En 2012, Joël Dicker publie La Vérité sur l’affaire Harry Quebert aux éditions De Fallois. L’objectif de Dicker est de restituer une histoire beaucoup plus contemporaine et beaucoup plus actuelle que son roman précédant. Ainsi, l’auteur décide de s’imprégner de ces différentes expériences en Amérique du Nord pour recréer une ambiance à l’américaine, aussi bien dans l’action que dans le style. Le succès est cette fois-ci colossal. Un million et demi d’exemplaires vendus, des critiques dithyrambiques… le roman est même traduit dans près de quarante pays ! L’histoire se passe aux États-Unis, au sortir de la réélection d’Obama en 2012. Marcus Goldman, un écrivain en perte d’imagination après un premier roman à succès, décide de se lancer dans une enquête pour disculper son mentor et ami Harry Quebert, alors accusé de meurtre. Dans ce roman se dégage toute la subtilité de Dicker, celui-ci maîtrisant en effet à la perfection l’art du rebondissement. Le livre est plus qu’une intrigue policière, c’est une réflexion sur l’écriture. Chaque scène se réécrit au fur et à mesure selon des points de vue différents, en fonction de l’avancée de l’enquête. C’est toute la subjectivité du regard qui est mise en lumière à travers l’enquête, et ce grâce au talent de Joël Dicker. Le spectre de Philip Roth hante tout de même le roman et l’on sent bien évidemment que l’auteur s’en est grandement inspiré pour rédiger son œuvre. Grâce à une écriture quasi-cinématographique, le roman nous tient en haleine tout au long des sept cents pages, et n’est pas sans nous rappeler quelques films comme le très bon The Words avec Bradley Cooper.

Un troisième roman en perte de vitesse

Mais comment rebondir après un succès aussi phénoménal ? La question s’est bien évidemment posée à l’auteur suisse. Trois ans après son deuxième roman, Joël Dicker décide de se lancer dans la suite des péripéties de Marcus Goldman en l’envoyant cette fois-ci sur les traces de sa famille jusqu’ici totalement méconnue. Le Livre des Baltimore est orienté vers la thématique du destin qui nous poursuit, il met ainsi en évidence un rapport inéluctable entre le Destin et le Drame. Dans ce « deuxième tome », Dicker s’éloigne du côté polar « pur » pour se concentrer sur une écriture beaucoup plus psychologique, beaucoup plus travaillée qu’une histoire policière somme toute assez banale. Si son talent pour scotcher le lecteur est toujours de mise dans ce troisième roman, il est tout de même assez décevant de constater que Dicker semble être tombé dans la facilité. Au lieu de surprendre le lecteur, l’écrivain s’est contenté de suivre les mêmes procédés qui l’ont mené au succès comme, par exemple, l’enchaînement des aphorismes et la constante dramatisation. Sauf qu’à force de trop dramatiser, on finit par perdre le lecteur. Si le talent de Joël Dicker est indéniable, son quatrième roman est attendu comme le juge de paix d’une carrière jugée précoce.

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