Après le beau succès de 2 automnes, 3 hivers, Sébastien Betbeder revient pour son quatrième film, Marie et les naufragés. Un film porté par un excellent casting, ce qui tombe bien puisque Sébastien Betbeder est plutôt du genre à donner beaucoup d’importance à ses personnages. L’histoire : trois hommes (Siméon, Antoine et Oscar) se retrouvent à suivre Marie sur une île au bord de la Bretagne. Un point de départ très romanesque pour un film qui ne l’est pas moins !
Pourquoi être allé tourner sur l’île de Groix ?s
C’est une île où j’ai l’habitude de me rendre depuis de nombreuses années. Quand j’ai commencé l’écriture de Marie et les naufragés, j’avais pour idée que mes personnages arrivent, vers la moitié du film, dans un territoire fort au sens cinématographique et fictionnel. Un lieu avec une frontière, des limites. L’île a cet avantage d’isoler les êtres du reste du monde. Par ailleurs, ce film n’aurait pas pu être tourné ailleurs qu’à Groix, puisque l’on y parle de ses particularités : la fameuse plage des Grands sables, le trou de l’enfer et parce que j’ai imaginé le scénario à partir de ses paysages.
Vos films sont souvent partagés entre Paris et un ailleurs, qui serait le lieu d’une quête indéterminée, voire mystérieuse et qui apparaît dès le départ comme perdue d’avance. Pourquoi ce choix ?
Je ne sais pas trop. Certainement qu’il y a une part d’autobiographie. Je vis à Paris depuis plus de quinze ans et pourtant c’est une ville qui provoque toujours chez moi le même sentiment ; c’est une ville que l’on quitte et où l’on revient. C’est aussi un moteur de fiction, j’aime que mon récit soit en mouvement, en déplacement. Quant au mystère, il est toujours ailleurs …
Le terme de « naufragés » que vous utilisez pour ce film pourrait tout autant convenir pour définir les personnages de 2 automnes 3 hivers, vous êtes d’accord ?
Oui, c’est un mot qui me touche particulièrement. Dans 2 automnes 3 hivers, Arman, Amélie et Benjamin étaient aussi des naufragés, ils avaient ce même courage face à la société, au désenchantement de l’époque. Peut-être que les personnages de Marie et les naufragés ont un autre rapport au monde, peut-être plus conscient, peut-être sont-ils aussi moins effrayés par la possibilité d’un naufrage.
Les personnages ont une grande importance dans vos films, ont-ils une place particulière dès l’écriture de vos films ?
Tout commence avec eux. C’est le personnage qui guide le récit, qui m’ouvre le chemin. Je ne peux pas raconter une histoire si je ne connais pas mes personnages.
Dans Marie et les naufragés, vous suspendez le récit pour permettre à chaque personnage principal de dérouler sa biographie. Comment est née cette idée ?
J’ai eu envie de théoriser l’idée évoquée ci-dessus. Les personnages sont le cœur de tout récit : ce sont ceux qui rendent la fiction possible. Je me suis alors demandé comment instaurer entre les spectateurs et mes personnages une relation suffisamment intime pour que ce spectateur ait envie de les suivre jusqu’au bout du long-métrage, jusqu’à l’île. Marie et les naufragés est un film qui doit beaucoup à la littérature, à cette liberté que l’on trouve dans les romans contemporains qui me stimule lorsque je commence à imaginer un film, à savoir la possibilité de quitter le récit principal pour entrer dans des arborescences. Et puis, il y avait cet entretien d’Alain Resnais qui évoquait sa méthode de travail. Il disait écrire ou faire écrire la biographie de chacun des personnages de son futur film, avant le tournage, afin de donner de la matière aux comédiens, même si rien de tout cela ne se retrouvait dans le récit filmé.
Comme dans 2 automnes 3 hivers, les personnages parlent seuls face à la caméra. Comment en êtes-vous venu à ce procédé, que vous modifiez et qui est tout de même moins présent par rapport à votre précédent film ?
Quand j’écris, j’aime retranscrire la pensée de mes personnages, passer par des monologues intérieurs. Je m’autorise ce dispositif interdit du regard caméra et de l’adresse, puisqu’ils participent pour moi à cette relation intime que j’essaie de créer avec le spectateur. Dans ce film, c’est effectivement moins fréquent que dans 2 automnes 3 hivers, ces moments servent à lancer les récits individuels. C’est une manière de demander l’attention ; mais aussi de lancer une histoire qui s’inscrit dans une autre histoire, le récit principal.
Il y a beaucoup de personnages, certains apparaissent peu de temps mais peuvent avoir leur importance, tous n’ont pas la même tonalité. C’était essentiel pour vous qu’il y ait autant de personnages ?
Les personnages principaux dans Marie et les naufragés se définissent dans leurs rapports à autrui. Il me semble que l’on apprend beaucoup sur Siméon quand on le voit face à la fille de la jetée ou quand Marie se retrouve seule avec Rémi, l’assistant de Cosmo. C’est vrai qu’ils sont tous très différents et arrivent dans le film avec leur univers, leur façon d’être, leur humour.
A chaque personnage correspond une forme de récit annexe qui vient se greffer, ou complète le récit principal. Comment procédez-vous au moment de l’écriture ?
Il n’y a pas véritablement de règles. comme je disais c’est le personnage qui guide son récit. Je voulais que chacune des biographies soit propre au personnage qui la livre, qu’ils aient chacun leur propre traitement… Antoine ne choisit pas les mêmes événements que Marie pour raconter sa vie ; ils ont pourtant partagé un bout de cette vie, mais chacun à sa propre vision. C’est cela qui est passionnant, chaque individu a sa propre vitesse, son propre jugement sur les choses et les êtres.
Si vos personnages existent autant, c’est aussi par vos acteurs. Comment les avez-vous choisis ?
C’est une aventure différente pour chacun d’eux. Je ne vais pas rentrer dans le détail ici, mais c’est souvent un long processus. Il faut que je rêve à tel comédien pour tel personnage et que de notre relation naisse un nouveau personnage, celui qui habitera le film.
Le personnage de Vimala Pons dans votre film peut rappeler un peu celui qu’elle jouait dans La Fille du 14 juillet d’Antonin Peretjatko, elle est assez insaisissable et multiple. C’est en voyant ce film que vous avez pensé à elle ?
Non pas vraiment. Avant de rencontrer Vimala, j’avais organisé un long et éprouvant casting. Je déteste cette étape de travail et souvent je parviens à m’en passer, mais là, je ne trouvais personne de convaincant pour ce rôle. Lorsque Vimala a passé les essais, c’était une évidence…
Eric Cantona est très bon dans votre film. Il est facile à diriger ?
C’est un immense plaisir de travailler avec lui, parce qu’il est extrêmement consciencieux et exigeant. A partir du moment où la confiance est là – et elle était là dès le premier jour de tournage – les choses sont évidentes.
Comment s’est passé le travail sur la musique avec Sébastien Tellier, vous aviez déjà des idées ou l’avez-vous laissé libre ?
Je lui ai demandé d’écrire à partir de sa lecture du scénario de rêver le film et de le mettre en musique. Nous avions des références communes et la volonté de faire une partition où la musique pourrait prendre toute la place dont elle a besoin pour s’envoler. Ce qu’il m’a fait écouter la première fois était si proche de ce que j’imaginais, que le reste du travail n’a été qu’ajustements.





