CINÉMA

The Danish Girl : Un peintre, deux desseins

Après son premier biopic saisissant en 2011, Le discours d’un roi, qui avait été récompensé de quatre oscars, Tom Hooper revient avec un second film biographique. En France, il est sorti en salles le 20 janvier. Adapté d’un roman de David Ebershoff, The Danish Girl retrace l’histoire de Lili Elbe, née Einar Wegener, une artiste danoise connue comme la première personne a avoir changé de sexe.

Le film s’ouvre sur le Danemark des années 30. Einar Wegener (l’acteur Eddie Redmayne), est peintre et expose ses œuvres à Copenhague. Il vit avec Gerda Wegener (Alicia Vikander), son épouse, peintre elle-aussi. Le regard de Gerda est le fil conducteur du film : chaque étape déterminante de la vie d’Einar est appuyée par un plan sur ses yeux. S’il est aussi présent, on peut supposer que c’est une métaphore du regard de l’autre. Sur un thème aussi clivant et actuel que celui du transgenre, il semble primordial de traiter aussi de la réception d’un acte pareil dans la société.

Affiches Danish Girl

Affiches Danish Girl

La vulgarisation d’un sujet complexe

Tom Hooper aborde le sujet avec une poésie et un esthétisme remarquable. On retient de ce film sa douceur et combien il est touchant, au propre comme au figuré. Car le corps est en exergue du début à la fin du film, notamment à travers les mains d’Einar qui caressent les robes, qui parcourent son propre corps en quête d’identité, ou celui de son épouse. C’est aussi la main tendue de Gerda à son mari, qui ne le juge pas et l’encourage. Les scènes sont presque chorégraphiées, il y a du Pina Bausch dans ce film.

A travers la justesse du jeu des acteurs, c’est une ode à l’émancipation qui se joue. Celle, évidente, du personnage principal, qui cherche à se définir lui-même. Un homme qui devient femme. Mais c’est aussi celle de son épouse, Gerda, qui va puiser son inspiration dans la nouvelle personne qui naît et s’autorise à exister à ses côtés, pour devenir une grande peintre, reconnue internationalement. Si Einar peut devenir celle qu’elle souhaite, c’est grâce au soutien et à l’empathie de sa femme. La scène la plus touchante est certainement celle où elle découvre que son mari se travestit. Dans son regard, de l’incompréhension, bien sûr, mais aussi beaucoup de tendresse envers l’homme qu’elle aime.

Ce long-métrage bouscule les codes de la société : des hommes qui pleurent, des femmes qui se battent. C’est un film très vrai, qui peint le portrait d’une société d’il y a plus de 80 ans, mais qui n’a pas tellement changé. Si l’on peut lui faire une critique, c’est celle d’une fin trop facile, avec une image certes poétique mais très prévisible. On ressort de la salle éprouvé, mais Tom Hooper aura eu le mérite de nous redonner foi en l’humanité.

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Auteur·rice

Journaliste en terre bretonne, je vagabonde entre les pays pour cultiver ma passion de théâtre, de musique et de poivrons (surtout de poivrons). J'essaie tant bien que mal d'éduquer à l'égalité entre les sexes, il paraît qu'on appelle ça le féminisme. J'aime bien les séries télé dans mon canapé et passer des soirées dans les salles obscures. Bref, peut-être ici la seule personne normale.

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