SOCIÉTÉ

Quand l’insécurité règne sur la Mecque

C’est la septième fois depuis 1990 qu’un drame meurtrier se produit durant le pèlerinage à La Mecque, provoquant des centaines de morts. Ce jeudi 24 septembre, 717 personnes ont perdu la vie, dans une grande bousculade dans la Vallée de Mina, durant la fête de l’Aïd el Kabîr, qui a attiré plus de deux millions de fidèles musulmans sur le site de la Mecque en Arabie Saoudite.

La grande bousculade meurtrière

C’est dans la vallée de Mina (n°7 sur la carte), lors du rituel de lapidation des stèles représentant Satan que le drame s’est produit. Ce rite se déroule le dernier jour du Hajj (Pèlerinage dans les lieux saints de la Mecque) : chaque pèlerin doit lancer sept cailloux sur les trois immenses stèles de pierre, qui représentent chacune une apparition de Satan devant Ibrahim, un des prophètes de l’Islam, sa femme puis son fils. Ces derniers lui ont jeté des pierres pour le repousser, c’est ce geste qui est commémoré en ce lieu saint. Le 24 septembre, les pèlerins, déferlant par milliers dans ce lieu, sont entrés en collision avec ceux essayant d’en sortir. Cette immense bousculade, dans la panique générale, a projeté certaines personnes à plus de dix mètres, et causé la mort de 717 personnes, auxquelles s’ajoutent 863 blessés.

Guy Theraulaz, chercheur au CNRS, accuse l’effrayante densité de population regroupée à cet endroit là, puisqu’il y avait, selon lui, sept personnes au mètre carré. Parmi les victimes on compte différentes nationalités, mais le pays le plus touché par ces victimes reste l’Iran qui pointe du doigt la mauvaise organisation du pèlerinage.

Wikipedia

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L’Arabie Saoudite est-elle capable d’organiser un rassemblement aussi important ?

Le pèlerinage de La Mecque fait l’objet d’un flux important de pèlerins chaque année et en ce jour de l’Aïd, c’était plus de deux millions de personnes qui étaient présentes sur le site. Nombreux sont ceux à chercher un responsable à blâmer, et les autorités saoudiennes ont forcément été les premières à être remises en cause.

En effet, ce type d’accident n’est pas une exception lors des pèlerinages à la Mecque et depuis 1990 on en dénombre six (2006, 2004, 1998, 1997, 1994, 1990), dont quatre survenus lors de ce même rituel, entraînant des centaines de morts à chaque fois.

Les organisateurs avaient pourtant, cette année, débloqué des milliards de dollars dans les infrastructures et transports visant à fluidifier le déplacement des foules, mais cela n’a pas été fructueux et on garde en mémoire la chute d’une des grues servant à la reconstruction de la Grande Mosquée le 11 septembre 2015, provoquant la mort d’une centaine de personnes. Ces deux drames survenus à treize jours d’intervalle, témoignent du manque d’organisation et de moyens mis en place pour assurer la sécurité des pèlerins.

Des relations diplomatiques tendues entre l’Arabie Saoudite et l’Iran

Ennemis de longue date, le drame est venu intensifier les tensions entre les deux pays du Proche Orient, opposés sur de nombreux points, à commencer par la religion. Bien que tous deux appartiennent à la religion musulmane, l’Arabie Saoudite est marquée par le sunnisme, alors que l’Iran prône le chiisme, religion officielle depuis l’Empire des Séfévides au XVIe siècle et dont le pouvoir religieux a une place très importante depuis la Révolution Islamique du Khomeiny en 1979. Les deux pays s’affrontent également de manière indirecte à travers la guerre civile syrienne, puisque Les Saoudiens semblent apporter leur soutien à Daech alors que les Iraniens soutiennent le régime en place de Bachar el-Assad.

Lors de cette bousculade meurtrière, la République Islamique d’Iran a été le pays le plus touché, puisqu’il dénombre 464 victimes à lui seul.

Les autorités iraniennes, ont ordonné le rapatriement des corps, à l’inverse de certains pays qui ont accepté d’enterrer leurs morts sur le sol saoudien. Devant le retard qu’ont pris les organisateurs saoudiens, le président iranien Rohani a mis en garde son rival : « Jusque là nous avons utilisé le langage de la diplomatie et du respect, mais si c’est nécessaire, la République Islamique d’Iran utilisera le langage de l’autorité ». Celui-ci exige également l’ouverture d’une enquête transparente sur les origines du drame afin de cerner précisément un responsable.

Il faut rappeler également que l’Iran a depuis quelques années développé le pèlerinage sur sa propre terre, à Machhad pour associer la pratique chiite à la conscience nationale et éviter à ses pèlerins de devoir se rendre chez l’ennemi.

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