ART

Aller se faire voir ailleurs

Les artistes sont des professionnels de l’image, et cette fonction implique d’avoir une visibilité, cette dernière leur permettant de vivre de leur art.

Une préoccupation de toujours

Dès l’Antiquité, les artistes vendent leurs productions par l’intermédiaire des marchands ambulants. Au Moyen-âge et durant la Renaissance, ce sont surtout les mécènes qui assurent aux artistes une vie financière à peu près sûre. En 1648, la création en France de l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture change complètement la façon d’exposer et de vendre les œuvres : dès lors, la monstration s’organise en salons, qui ont évolué jusqu’à aujourd’hui en biennales, galeries, musées, foires d’art… C’est un grand changement pour la production artistique : les artistes ne sont plus sous une tutelle économique et ne sont plus forcément liés aux commandes. Aujourd’hui, les mécènes, les galeries et les biennales sont encore là pour soutenir la création, mais de nouveaux moyens se sont développés, accompagnant le nombre croissant de plasticiens et l’évolution des médiums utilisés.

Le chemin le plus classique et le plus sûr reste de rencontrer des galeristes. Se créer un réseau, se montrer, se démener – de toute façon, pas le choix, il va bien falloir se démener. Même si les premiers galeristes rencontrés ne seront pas ceux du Marais à Paris, l’approche de ce milieu peut sembler difficile. Même s’il faudra s’y confronter, il existe cependant d’autres alternatives à ces galeries pour se faire voir.

Les Frac

En 1982, Jack Lang lance un programme de décentralisation de la culture, en créant notamment les Fonds Régionaux d’Art Contemporain. Grâce à cette organisation, toutes les régions de France peuvent jouir de collections d’art contemporain, qu’on ne trouvait à l’époque presque qu’à Paris. Ce sont des collections d’art contemporain, acquises par le financement du ministère de la Culture et des Régions, présentées dans des lieux généralement dédiés à la culture. La particularité de ces collections réside notamment dans le fait qu’elles ne peuvent être permanentes : celles-ci tournent de Frac en Frac, permettant ainsi une diffusion à travers les 23 établissements en France. En 2013, 30 ans après leur création, la totalité des Frac regroupaient 26000 œuvres de 4 200 artistes, français ou non.

Les Fonds régionaux d’art contemporain ont deux missions principales. La première est de sensibiliser le public à l’art contemporain, en insistant sur la médiation. En effet, beaucoup de personnes ne vont pas ou très peu dans les expositions d’art contemporain : ”trop élitiste, trop compliqué, incompréhensible”. Le simple mot d’art contemporain bloque, et quand on en parle dans les médias, c’est généralement autour d’une polémique, comme Tree de Paul McCarthy ou plus récemment l’œuvre d’Anish Kapoor. C’est pourquoi les Frac sont intéressants pour le grand public, ils s’efforcent de faire en sorte d’être accessibles, que ce soit au niveau du prix ou de la médiation. L’article Du langage dans l’art (voir par ailleurs) parle justement d’un exposition présentée au Frac Franche-Comté.

La deuxième mission des Frac est d’aider les artistes, jeunes ou non, émergents ou pas, à être vus et exposés, et c’est en ce sens qu’ils représentent un grand tremplin pour les nouveaux diplômés d’art. Bien que tous les Frac ne fonctionnent pas de la même façon, les acquisitions se font pour la plupart sous la tutelle d’un comité technique, qui fait des propositions d’acquisition, validées ou non par le conseil administratif du Frac. Les comités techniques sont composés de spécialistes de l’art, et majoritairement de conservateurs et de critiques, selon Philippe Urfalino et Catherine Vilkas. Mais il est possible, pour n’importe qui, de soumettre des propositions d’acquisition spontanées, offrant ainsi une grande opportunité aux artistes eux-mêmes.

Frac Franche-Comté, Besançon. © L. Hadjeras
Frac Franche-Comté, Besançon. © L. Hadjeras

L’alternative Internet

Contrairement à ce que l’on aurait pu croire, Internet a eu du mal à s’imposer dans le monde du marché de l’art (les achats d’œuvres en ligne représentaient 2,4 % de la part totale du marché de l’art en 2014, selon Hiscox Online Trade Art Report). Évidemment, les artistes ont pu se montrer par eux-mêmes et pour eux-mêmes, en créant des sites, des blogs, ou sur les différents réseaux sociaux. Mais ces démarches n’ont pas eu de réel impact sur les ventes, servant plus à une diffusion qu’à un aspect marchand. Pourquoi le marché de l’art ne prend-il pas dans ce secteur ? Sûrement à cause de la dématérialisation des pièces. On ne vend pas une oeuvre sur le Bon Coin. C’est pourquoi de nombreux sites sont apparus, se présentant alors comme des galeries en ligne.

L’une d’elles, Early-Work, est active depuis deux mois. Les fondateurs de cette plateforme se présentent comme des personnes souhaitant aider les jeunes artistes à se faire un nom, et par là même, satisfaire de nouveaux collectionneurs n’ayant pas forcément les moyens d’acheter des œuvres chères. Early-Work présente exclusivement des artistes sortant d’écoles spécialisées, quand d’autres galeries brassent plus large, comme With Other Hands par exemple. Cette dernière se présente comme une réelle alternative au marché de l’art, cassant le monopole d’un marché de la promotion, insistant sur ”la sincérité et la méritocratie” des plasticiens exposés. Pour les plus aisés, le site Artprice.com, implanté depuis longtemps dans le paysage, est une référence en matière de prix et de cotes sur Internet.

Peut-être faut-il encore un peu de temps avant que le marché de l’art ne prenne réellement sur Internet. Hiscox Online Trade Art Report prévoit une hausse de plus de 2 milliard de dollars pour la vente d’œuvres en ligne jusqu’en 2018. Cela viendra peut-être quand notre génération, habituée à Internet, fera en sorte de s’intéresser à l’achat d’œuvres d’art…

Page "ŒUVRES" du site Early Work. © Early Work
Page “ŒUVRES” du site Early Work. © Early Work

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