CINÉMA

Sense8, la série ambitieuse signée par les Wachowski

Sense8, c’est la série évènement issue de la collaboration fructueuse entre Netflix et les Wachowski (la trilogie Matrix, Cloud Atlas…), qui emploient leur imaginaire singulier à l’exercice du petit écran pour la première fois. Décryptage d’une première saison qui suscite l’enthousiasme.

L’idée de base de Sense8 se place dans la continuité directe de l’ovni Cloud Atlas, des mêmes Wachowski : 8 personnages (4 hommes et 4 femmes), dans 8 villes de par le monde, développent une connexion psychique à la suite d’une étrange vision collective. La caméra se concentre ainsi successivement sur ces différents personnages : Nomi, une bloggeuse transsexuelle résidant à San Francisco, Will, policier à Chicago, Riley, DJ londonienne d’origine islandaise, Van Damn, chauffeur de van à Nairobi, Lito, acteur mexicain, Kala, pharmacienne à Mumbaï, Wolfgang, malfrat berlinois, et Sun, femme d’affaires à Séoul.

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affiche de la série- ©Netflix

De prime abord, le pitch peut paraître plus ou moins déjà vu, certes, rappelant à certains égards d’autres séries à succès comme Heroes. Dès les premiers épisodes, une certaine accumulation de clichés, certains dialogues obscurs et raccourcis scénaristiques peuvent légèrement exaspérer. Mais malgré ces faiblesses apparentes, malgré la naïveté humaniste assumée du projet, on ne peut s’empêcher d’être happé. Au-delà d’un arc narratif prenant mêlant science-fiction et fantastique, Sense8 est particulièrement intéressante dans son projet ambitieux de créer une fresque autour de la société mondialisée et de l’existence de l’individu en son sein. La série ne s’enferme pas dans un cadre américain vu et revu dans les séries US : toutes les scènes sont tournées in situ dans les huit villes des personnages, avec un minimum d’effets spéciaux. Les acteurs (par ailleurs originaires des pays concernés) sont donc réellement réunis à l’écran lors des scènes de connexion psychique, ce qui constitue un tour de force en soi. Les Wachowski nous offrent des images sublimes des quatre coins du globe tout en adoptant un aspect presque documentaire qui leur permet de dépeindre des sociétés différentes qui se confrontent et interagissent les unes avec les autres (les problématiques liées à la mondialisation, à l’occidentalisation, sont notamment très présentes). Sense8 est également novatrice en termes de représentation, dans la place qu’elle donne à des personnages féminins complexes et à la communauté LGBT. Le genre et l’orientation sexuelle des personnages jouent un rôle dans leur histoire, toujours par reflet de la société, mais n’en viennent pas à déterminer tout leur développement comme c’est trop souvent le cas au sein des fictions télévisuelles et cinématographiques.

La virtuosité des Wachowski réside dans leur capacité à développer 8 intrigues différentes qui s’interpénètrent de plus en plus à mesure que les épisodes avancent, au travers d’une multitude de ponts narratifs et visuels. L’intrigue principale qui relie les personnages se construit donc progressivement, dans un rythme lent mais parfaitement maîtrisé, distillant juste assez d’action et de révélations au bon moment pour tenir le spectateur en haleine. La multiplicité de personnages, d’histoires et de cadres permet aussi aux Wachowski d’explorer des genres et tons très différents (comme ils l’avaient fait magistralement dans Cloud Atlas) tout en jouant sur les codes qui caractérisent les séries. Si Sense8 n’atteint pas le même potentiel visuel que le cinéma spectaculaire des Wachoswki, elle repose néanmoins sur une photographie irréprochable et développe des effets de mise en scène et de montage plus qu’intéressants pour une série, en particulier à travers les scènes qui établissent le lien entre les huit protagonistes. La B.O. joue également un rôle central à ce niveau, notamment au cœur des très belles séquences de symbiose musicale, euphorisantes, qui réunissent tous les personnages.

Netflix et les Wachowski nous offrent donc une première saison dans la pure veine de leur univers, et un divertissement de qualité dont on espère qu’il ne va pas s’essouffler par la suite. Si la Sense8 manque encore parfois de finesse dans son exécution, on peut sans aucun doute souhaiter un développement intéressant dans les saisons à venir, qui se font attendre avec impatience.

Auteur·rice

Etudiante en cinéma à la Sorbonne Nouvelle, passionnée d'art et de culture, et aimant en parler.

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