Pablo Padovani est le leader et fondateur de Moodoïd, une jeune formation qu’il mène aux côtés de quatre musiciennes. Imprégnée d’influences tellement diverses qu’il est parfois plus simple de résumer sa musique à « psychédélique », la musique de Moodoïd évite la simplicité de la définition pour nous emporter bien plus loin. Le guitariste de Melody’s Echo Chamber s’est lancé ici dans de nouvelles expérimentations musicales aux contours indéfinis. Nous l’avons rencontré juste avant son concert de clotûre d’Art Rock 2015, à Saint-Brieuc.
On t’avait vu en 2013, c’était le tout début de Moodoïd, comment ça a évolué depuis ?
Il s’est passé beaucoup de choses entre temps, on a fait beaucoup de concerts, des premières parties pour Phoenix, beaucoup de festivals et puis il y a eu le disque. Maud nous a rejoint, du coup on est cinq sur scène maintenant, ça a pris de l’ampleur, il a fallu trouver un moyen de retranscrire le disque en live et je crois qu’on commence à y arriver. C’est marrant parce qu’avec Moodoïd, on a été pris de cours, propulsés directement sous le feu des projecteurs, il a fallu faire évoluer le groupe, le faire grandir en direct live comme si il y avait des caméras sur nous, un peu comme loft story.
Combien de fois on a mis le terme « psychédélique » sur la musique de Moodoïd ? À chaque fois, non ?
Oui, c’est l’enfer ! On dit ça parce que le truc le plus difficile pour un musicien, c’est, de manière générale, de décrire sa musique ; pour Moodoïd, comme c’est un melting-pot d’un milliard d’influences différentes, « psychédélique » ça nous arrange un peu parce qu’on n’a pas besoin de se prendre la tête. Il peut y avoir des facettes psychédéliques dans Moodoïd, le format des chansons, l’atmosphère, parfois très planante, mais après je crois qu’on retrouve des couleurs très différentes, il y a du rock, de la musique du monde, c’est une sorte de grand mélange.
Le projet, tu l’as commencé en solo, tu as été rejoint ensuite par des musiciennes ? Pourquoi cette volonté d’agrandir le projet ?
Disons que je me suis retrouvé avec plein de chansons et que tout de suite le projet était de faire un groupe pour jouer ce répertoire, tout de suite c’était aussi de ne jouer qu’avec des filles. Je ne l’avais jamais fait, ça ne peut pas se produire si tu ne le provoque pas, à part si tu as un coup de bol monstrueux et que tout d’un coup tu as cinq copines qui te proposent de faire un groupe, c’est très rare. J’ai cherché des filles, j’ai mis presque un an pour les trouver et du coup on joue ensemble depuis 2013. Je traite un peu la musique comme un metteur en scène de théâtre. Le live, c’est vraiment la mise en scène du disque et en live avec les filles on crée une identité, une formule, un spectacle qui est une version de Moodoïd qui me convient bien.
Comment ça s’est fait ce recrutement des membres du groupe ?
C’est surtout une histoire de rencontres, ça s’est fait dans le temps. J’ai eu un premier groupe, il y en a qui sont partis, d’autres qui sont arrivés, et au fur et à mesure de ce petit chemin que j’ai parcouru en solitaire à la recherche de gens avec qui jouer, j’ai fini par trouver ces filles. J’en ai rencontré une dans une fête à Paris, une autre sur un site de rencontres pour musiciens, une autre avec qui j’avais déjà joué et une autre dont des copains m’ont parlé. Ça c’est fait au fur et à mesure et ça a matché.
Moodoïd c’est aussi le désir d’être féminin, qu’est-ce que les femmes ont de plus que les hommes qui t’a intéressé ?
Je ne sais pas si elles ont quelque chose en plus, mais en tout cas ce qui est sûr c’est qu’elles sont différentes, c’est juste que je suis particulièrement touché par la sensibilité des filles, très différente aussi et que sur scène de manière générale, quand elles jouent ensemble elles ont une manière de jouer, de communiquer, d’interagir qui n’est pas la même. Pour le spectateur, c’est plus rare et c’est juste trop beau de regarder des filles quand t’es dans le public, ça change vraiment les rapports. C’est comme si tu rentrais dans un bus et qu’il n’y avait que des filles. Même pour moi, je suis dans un rapport hyper singulier, inédit pour moi puisque ça ne m’était jamais arrivé, être le sexe opposé, minoritaire.
Tu as fait des études de cinéma, est-ce que c’est quelque chose qui a joué dans la réalisation des clips ?
En effet, même à l’époque où je faisais mes études je faisais de la musique, j’ai toujours considéré les deux à égalité, c’est vrai que du coup en faisant de la musique quand Moodoïd a commencé à devenir mon métier, le but c’était aussi d’avoir un projet dans lequel je pourrais réaliser mes fantasmes visuels. J’ai profité de Moodoïd pour créer mes images, créer tout l’univers visuel qui est le mien en tant que réalisateur. J’ai commencé à faire de la réal à seize ans et j’ai toujours été très inspiré par le surréalisme, le burlesque, l’absurde de manière générale. On retrouve ça dans Moodoïd je pense.
Certains groupes viennent sur scène, font leur setlist, en oubliant un peu la dimension spectacle, on peut dire que ce n’est pas le cas de Moodoïd, est-ce que c’était vraiment un désir de proposer autre chose ?
Je suis très attaché à cette valeur du spectacle, dans tout ce que je fais de manière générale la première question que je me pose, c’est : qu’est-ce que je vais transmettre, à qui, où, pourquoi ? C’est vrai que ce moment scénique où tu es à la rencontre des gens j’ai toujours eu le désir que ce soit un moment avec des personnages de scène, des costumes, du maquillage, et que les gens soient dans un rapport neutre à ce qui se passe. Quand on arrive sur scène je ne veux pas qu’ils se disent « ah tiens c’est des petits coolos de Montréal » ou « ah tiens c’est des mecs bourrés » mais qu’ils soient juste pendant la durée du concert dans une bulle où il n’y a plus de jugement et où ils soient juste obligés de regarder et de se laisser porter par un mood qui est là dans la pièce.
L’EP Je suis la Montagne a été mixé par Kevin Parker de Tame Impala, qu’est-ce que cette collaboration a apporté, quel enrichissement ça a pu apporter à votre travail ?
À la base j’étais quand même très fan de Kevin Parker, quand j’ai eu la chance de travailler avec lui. Ça a été une collaboration un peu compliquée : il vit en Australie, il était en tournée, on a donc beaucoup collaboré par mail, et puis finalement au bout de quelques mois j’ai réussi à le voir à Paris, on a fini de mixer ensemble à Paris et ça a été génial d’avoir cette expérience avec lui. C’est l’un des musiciens les plus importants, il a une esthétique que je trouve assez révolutionnaire, après je sais aussi que c’est un très bon musicien qui a une oreille incroyable et du coup qui a ce truc magique de savoir disposer les éléments dans une musique pour que ce soit beau. Le plus dingue, c’est que ça a été extrêmement simple de travailler avec lui, il arrive avec des propositions, une esthétique, il a très bon goût et arrive tout de suite à faire les bons choix, du coup ça a été assez génial et une visibilité assez importante pour nous d’avoir pu travailler avec lui.
Moodoïd est assez centré sur la thématique du rêve, je me suis rendu compte qu’il y avait pas mal de groupes comme ça, est-ce que ces états de conscience sont plus inspirants que le réel ?
C’est presque inconscient mais c’est vrai que dans ce premier disque il y avait la volonté de fuir la réalité à tout prix, même dans les textes, je n’aurais pas pu dire « voiture », je n’avais pas envie qu’il y ait d’éléments, de mots ou de textures qui soient en lien avec le réel. Je voulais que ce soit un voyage ailleurs, je ne sais pas si je ferais tout le temps ça, je ne suis pas sûr de rester dans le rêve mais là c’était le projet du monde Möo, il fallait que ce soit tout mou, et le rêve, c’est bien mou.
Vous préférez jouer la nuit ?
Moodoïd n’est pas forcément un groupe qu’on a envie d’écouter très tard, souvent les gens sont très ivres, et veulent du « boom boom » pour danser à donf, après ça dépend vraiment des gens, du public qu’il y a, pourquoi ils viennent, et dans le live de Moodoïd on trouve plusieurs facettes. Il y a quelque chose d’assez rock n’roll, il y a des choses très douces et en effet c’est une sorte de petite bulle, de climat, et si les gens se laissent porter par ça c’est un moment génial. Beaucoup de chansons de Moodoïd se passent la nuit où sont en lien avec elle. Quand j’ai écrit, écouté les chansons, j’aimais bien le faire la nuit.
Interview réalisée avec Morgan Henry – Buggin.fr





