CINÉMA

Les Gardiens de la Galaxie : Marvel au bord du gouffre intergalactique ?

Quatre. C’est le nombre de milliards de dollars que la Walt Disney Company a dû dépenser en 2009 pour acheter Marvel Entertainment et ses super-héros avec. Pour éviter les confusions, rappelons que l’on parle ici des personnages dont les droits cinématographiques appartiennent à Marvel Studios, on exclue donc les X-Men et les Quatre Fantastiques qui sont à la Fox, et les Spider-Man à Sony. Toujours est-il qu’après toutes ces années un constat amer s’impose : le déclin artistique des super-héros. Nous sommes en droit de nous demander si Marvel, appelé aussi la “Maison des idées”,  en a encore tant que ça. A l’occasion de la sortie de la dernière production en date, Les Gardiens de la galaxie, un bilan s’impose.

C’est peu dire que le film de James Gunn était attendu au tournant. Cela fait six ans (depuis le premier Iron Man en 2008.) que la filiale de Marvel, Marvel Studios, n’a pas développé de projet pleinement indépendant de l’univers d’Avengers regroupant tous les super-héros phares que détient la firme. Soit presque 10 ans que le studio s’évertue à produire des films sans jamais prendre de risque radical. Et pour cause, pour que le projet Avengers de Joss Whedon puisse fonctionner à l’écran, donc faire cohabiter ensemble des personnages ayant chacun leur propre univers, Marvel a sa solution : chaque film se doit d’être visuellement et narrativement formaté pour être cohérent avec les autres. On se retrouve alors avec des films construits exactement de la même façon : scène de destruction massive finale obligatoire, même en dépit de toute cohérence (comme pour Captain America 2), ou humour ironique déplacé… soit des univers totalement interchangeables. Bienvenue dans l’ère du fast-food où quoi que vous mangez, tout à plus ou moins le même goût, et où tous les six mois un nouveau produit débarque  pour être vite consommé et aussitôt oublié.

A ce titre, il est intéressent de préciser que Marvel a déjà un planning de ses sorties jusqu’en 2019 avec jour de sortie précis, alors même qu’aucune pré-production n’a débuté. Ce ne sont pas les 1,5 milliards de dollars au box-office engrangé par Avengers en 2012 qui va pousser la production à se remettre en question, bien au contraire. C’est donc dans cette pauvreté artistique que surgit Les Gardiens de la Galaxie de James Gunn qui a, pour l’instant, un univers indépendant dans la galaxie Marvel. Ainsi nous pouvions attendre beaucoup plus de prises de risque, d’un traitement plus radical de son sujet qu’à l’accoutumée. Et ce d’autant plus qu’il nous était vendu par son réalisateur davantage comme un film renvoyant aux divertissements des 80’s tel Indiana Jones ou bien sûr Star Wars, qu’un film de super-héros stricto sensu. (Rappelons que le film s’intéresse à une bande de criminels intergalactiques qui vont devoir sauver le monde). Ainsi, s’il devait y avoir une forme de résistance au sein même de l’empire Marvel, il commençait par là. Autre détail d’envergure : son réalisateur James Gunn, déjà responsable du film de super-héros adulte Super, est vu comme une véritable tête-brûlée, dont la mission principale sur ce projet serait de dynamiter la machine Marvel de l’intérieur.

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Les Gardiens de la Galaxie – James Gunn/Droits Réservés

Qu’on se le dise tout de suite, Les Gardiens de la Galaxie est sûrement l’un des plus regardables film Marvel qu’on ait vu. Qu’on se le dise également, la folie de J. Gunn a été largement lissée par l’Usine pour n’en laisser pas grand chose : un doigt d’honneur (cette fois-ci non flouté contrairement à la bande-annonce), et des “dick” ou “asshole” par-ci, par-là. La tête-brûlée a du également courber l’échine face à un climax final déjà vu (énième destruction massive d’une ville qui n’en demandait pas tant) et des acteurs cinq étoiles pour ratisser large : des acteurs lambdas auraient suffi à la place de Glenn Close et Benicio Del Toro, vu le peu qu’ils ont à jouer. Oublions également le postulat de base qui était de s’intéresser à des parias, des criminels, puisque leurs crimes sont infantilisés à l’extrême pour devenir de simples idiots. Autre point redouté : le désamorçage quasi-systématique des enjeux, des moments-clés, par l’humour ou par la bande originale 80’s qui pourra en rebuter plus d’un. Une fois passée la consternation devant l’avalanche de coups-de-coude au spectateur par le second degré, force est de constater que contrairement aux productions Marvel ordinaires le film assume son esprit décomplexé jusqu’au bout et forme ainsi un produit, bête diront certains, mais extrêmement cohérent. Finalement, l’intérêt de ce produit est peut-être ailleurs : un soin apporté à l’intégration des effets-spéciaux, sous la pluie ou dans l’obscurité, pour éviter l’effet tape-à-l’œil habituel et donne la priorité aux nombreux maquillages et décors physiques travaillés. Sans oublier un feu d’artifice final purement visuel centré uniquement sur les personnages pour devenir touchant, in extremis. En résulte donc un film de petit malin dans sa volonté de paraître toujours fun (Chris Pratt s’en sort d’ailleurs très bien dans son rôle de leader cool/tête à claque) mais qui arrive à dégager un charme suffisant pour nous donner l’impression de s’y être amusé de bon cœur.

Les Gardiens de la Galaxie - James Gunn/Droits Réservés

Les Gardiens de la Galaxie – James Gunn/Droits Réservés

Comme on pouvait honnêtement le prévoir, les Gardiens de la Galaxie est loin d’avoir bouleversé la standardisation Marvel, et les suites déjà annoncées par James Gunn ne feront que continuer sur cette voie. Ce n’est pas la récente démission du génial Edgar Wright aux commandes d’Ant-Man, soit LE projet Marvel jadis tant attendu, pour fortes divergences artistiques (traduire par garder son intégrité artistique) qui risque de nous redonner espoir. Qui aurait-pu penser que les super-héros au cinéma passeraient aussi vite de films d’auteurs personnels comme les Spider-Man de Sam Raimi, à des produits industriels opportunistes ?

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