SOCIÉTÉ

Matteo Renzi veut renverser la table

Rares sont les hommes politiques à marquer aussi brutalement les esprits, sauf lorsqu’ils sont empêtrés dans de sales histoires. Matteo Renzi, le jeune président du Conseil italien, impressionne lui surtout par sa volonté de changer les choses. Belle gueule, le verbe haut, maire de Florence à 34 ans, Matteo Renzi n’a pas fait dans la dentelle pour parvenir à ses fins.

Elu à la tête du Parti démocrate (centre-gauche) au début de l’année, le jeune maire de Florence, 39 ans, obtient dans la foulée la démission contrainte du président du Conseil Enrico Letta, lui aussi membre du Pd. C’est un véritable séisme politique en Italie. Matteo Renzi se présente alors comme l’homme du renouveau face à une classe politique gérontocratique qu’il ne cesse de critiquer. Le tout nouveau président du Conseil italien annonce en février qu’il envisage de supprimer le Sénat pour faire des économies dans le budget de l’Etat, et de donner un coup de pouce financier aux classes moyennes en augmentant les petits revenus. Les résultats sont probants. A peine 3 mois après son arrivée aux affaires, Renzi réalise aux européennes le meilleur score pour un parti de gauche européen lors du scrutin communautaire du 25 mai dernier, avec plus de 40 % des voix pour le Parti Démocrate.

Coïncidence, c’était à l’Italie de prendre la présidence tournante de l’Union Européenne au 1er juillet dernier. Et là, le jeune loup de Florence a mis un coup de vieux à toute la classe politique européenne alors réunie à Strasbourg. “ Si l’Europe était un selfie, quelle image apparaîtrait sur l’écran ? Ce serait le visage de la fatigue, de la résignation. L’Europe aurait l’air ennuyé”, a-t-il assené à la toute nouvelle assemblée de l’Europe. Construire un grand marché numérique européen, mettre l’accent sur la croissance plutôt que sur l’orthodoxie budgétaire, investir en Afrique pour éviter les grandes catastrophes de l’immigration que connaissent bien son pays : Renzi parle fort, et on l’écoute. Dans son discours au Parlement européen, Matteo Renzi a voulu insuffler un nouvel idéal européen. Et après les nouvelles technologies, l’italien a utilisé Homère pour illustrer son propos : “Notre génération doit retrouver l’esprit de Télémaque, retrouver l’âme de l’Europe, le sens profond de notre vivre-ensemble”, déclaration qui évoquait avec des mots à peine voilés la montée des populistes eurosceptiques en Europe et du nationalisme.

Pour autant, il n’est pas question pour Renzi de jouer au “gauchiste”. Si sa politique s’est d’abord tournée vers les plus modestes, il se pliera au final aux exigences de 3 % de déficit imposées par Bruxelles, tôt ou tard. Il a également beaucoup travailler pour ramener le Royaume-Uni dans le jeu européen, alors que ce dernier s’isolait de plus en plus en ne soutenant pas la candidature de Jean-Claude Juncker à la présidence de la Commission. Renzi est bouillonnant et certainement plein de bonne volonté. Mais le président du Conseil italien pourra-t-il compter sur de véritables alliés, comme François Hollande, pour renverser totalement la table en Europe ? Rien n’est moins sûr aujourd’hui.

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