SOCIÉTÉ

Edito politique : Comment y croire aujourd’hui ?

Il ne sera point question ici de regretter la victoire d’un parti ou d’un autre, de pleurer une défaite de listes ou de personnes, et même si nous pourrions être vraiment tentés de le faire, d’envoyer valser les anti-européens tout récemment élus un peu partout sur le continent. Il ne sera point question ici de combattre avec les mêmes armes depuis des décennies un mur de haine toujours plus haut, toujours plus épais, en cherchant à en montrer l’inextinguible horreur dissimulée sous des habits toujours plus brillants. Il ne sera point question ici de chercher et de catégoriser, pour minimiser leur parole, les personnes qui ont, le 25 mai dernier, choisi d’accorder leur voix à une solution politique qui les a convaincu. Il ne sera point question ici de tenter de ramener les 25 % d’électeurs français du Front National lors des élections européennes dans le “chemin de la République” sans pour autant ne rien leur proposer. Il ne sera point question ici de les culpabiliser, cette solution est aujourd’hui obsolète, mais que faudra-t-il pour s’en rendre compte ?

Le réveil fut difficile, et il est désormais temps de penser la politique autrement. L’heure de la recomposition du paysage français est venue, de la manière la plus violente qu’il soit. L’incompréhension feinte du résultat de ces élections chez les responsables politiques de tous bords doit laisser la place à une réflexion suivie d’actes majeurs pour la politique en France, en 2014. Pendant combien de temps encore allons-nous subir consciemment le jeu cynique d’une politique française qui cherche les postes à responsabilité, les sièges, en dépit de convictions bien souvent disparues depuis longtemps ? Allons-nous continuer longtemps à supporter l’insupportable infantilisation et désinformation politique de certains médias nationaux ?

Populismes : l'Europe en danger.

Alice Petit–Bonneville pour Maze.

L’Union Européenne n’est pas responsable de tous les maux de la France et des autres pays membres, et même s’il est facilement accepté de se défausser et d’accuser cette dernière d’affaiblir notre pays, de nous affaiblir tous un peu, il est cependant moins aisé de reconnaître et de valoriser les actions, menées dans les 28 états membres. De graves erreurs ont été commises et continueront d’être commises, car en effet, l’Union Européenne est illisible, rapidement incompréhensible. La campagne officielle des élections européennes l’a bien montré dans de nombreux pays d’Europe, l’Union est une idée merveilleuse, un vecteur d’espoir pour toutes les sensibilités politiques, mais cette-dernière n’a, en France, pas existé, elle n’a pas eu de place. Les rares débats télévisés diffusés à des heures acceptables sur les élections européennes se sont transformés en discussions imbuvables sur la politique française, matinées de quelques instants européens. Pourtant, l’Union Européenne va continuer à se construire, avec ou sans la France, et refuser de prendre part à ce chantier serait une grave erreur.

Il est totalement impossible de ne pas comprendre une partie des arguments avancés par les électeurs – souvent un peu désemparés – du Front National. Le plus effrayant est qu’il est également impossible de proposer une solution concrète dans le paysage politique français, une réponse aux volontés et aux aspirations de ces derniers. Meurtris par les divisions, les affaires judiciaires, les grands partis français ne pourront – fort heureusement – pas sortir indemnes de cette débâcle de confiance de la part d’un électorat qui a majoritairement refusé de se déplacer. Espérons que la leçon de ces élections sera entendue et appliquée, pour que la politique redevienne l’affaire de tous et ne laisse personne de côté. Nous avons tous un rôle à jouer.

Co-fondateur, directeur de la publication de Maze.fr. Président d'Animafac, le réseau national des associations étudiantes. Je n'occupe plus de rôle opérationnel au sein de la rédaction de Maze.fr depuis septembre 2018.

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