CINÉMA

Dancer In The Dark – Cascade lacrymale

On ne peut nier, qu’on l’apprécie ou non, le talent de Lars Von Trier. Très controversé sur ses derniers films, il est accusé de “scénarios vides”, d’ultra-violence inutile. A tort ? à raison ? Le ressenti de chacun prévaudra à une réponse claire, qui ne servira à rien sinon stigmatiser le réalisateur. Le milieu du cinéma lui reproche souvent de se cacher derrière un esthétisme intellectuel et a du mal à cerner ce Danois, lui accordant ce statut d’« intouchable », dont il est si dur de se faire une idée, et qui ne cesse de faire parler les critiques et les cinéphiles depuis quelques années.

Cependant, beaucoup semblent oublier que Lars Von Trier, ce n’est pas uniquement Antichrist, Melancholia ou Nymph()maniac, mais aussi des dizaines d’autres films, dont fait partie la claque cinématographique qui m’a amené à vous faire lire cet ennuyeux prologue : Dancer In The Dark.

La réalisation de ce film est dans la lignée du Dogme 95 – tout en s’en écartant quelque peu en touchant à la comédie musicale et au drame -, dogme qui visait à garder une image naturaliste afin de donner au film une image sobre, plus axée sur les sentiments (et les ressentiments) que sur la recherche de l’esthétisme, Dancer In The Dark relate l’histoire de Selma. Selma est une immigrée tchécoslovaque installée dans une petite ville industrielle nord-américaine, atteinte d’une cécité, maladie héréditaire qui menace également son fils Gene, âgé de 12 ans. Travaillant le jour dans une usine métallurgique malgré le danger que cela représente pour elle, du fait de sa cécité envahissante, Selma est passionnée de musique et de danse : elle participe à la comédie musicale organisée par la chorale de son bourg. Elle tente de récupérer suffisamment de fonds pour faire opérer son fils – à l’innocence enfantine larmoyante – pour lui épargner un sort misérable. Seulement, un jour, tout dérape – et Selma ne dispose ni de la sécurité sociale canadienne, ni des capacités en chimie de Walter White … L’univers de Selma s’écroule autour d’elle, victime d’un monde noir, injuste, filmé sous l’œil froid des caméras de Von Trier.

Mais en raconter plus reviendrait à vous gâcher le film …

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Regarder Dancer In The Dark, ce n’est pas comme s’allonger devant un navet un samedi soir d’orage ; regarder Dancer In The Dark, c’est s’exposer à un visionnage débordant de violence psychologique qui vient heurter votre sensibilité, vous pousse dans vos derniers retranchements, et qui vous met à bout. Vous vous retrouvez totalement mis à nu. Von Trier va loin dans son film : le spectateur que nous sommes est assigné au rôle de spectateur. Il ne peut rien faire.  Et il ne comprend pas. Ce qui se passe devant lui n’est pas concevable. Pas possible. Pas admissible. C’est insoutenable de violence, d’injustice, de cruauté, mais à la fois de beauté – les scènes de danse et de chant de Björk … En effet, ce film est un drame, mais il est également une comédie musicale, qui reprend les classiques du genre avec des scènes splendides où la chanteuse islandaise nous offre des chants magnifiques, accompagnés de scènes de danse voluptueuses (qui furent réalisées techniquement avec un total de cent caméras fixes  pour un résultat à l’écran sans pareil).

Car oui, Selma n’est personne d’autre que Björk, la célèbre chanteuse islandaise. Et en plus d’être excellente en chant, Björk nous prouve dans ce film qu’elle est une excellente actrice (sa troisième apparition sur le grand écran, après Juniper Tree et Prêt-à-Porter). Björk sublime le film. Dancer In The Dark sans elle n’aurait jamais été le même film. Björk vit le rôle qu’elle joue, elle s’y perd, et donne une profondeur électrique et pleine de tension à son personnage, bénéficiant d’une liberté d’interprétation de la part de Von Trier – quoique les relations entre les deux furent très conflictuelles parait-il.

Mais Björk n’est pas seulement la seule tête d’affiche de ce film : Catherine Deneuve, ni plus ni moins qu’une des plus grandes pontes du cinéma français, est également de la partie.

C’est donc un réel chef d’œuvre au lyrisme exacerbé que signe ici Von Trier. On regrettera peut être une tendance à décrire la misère humaine omniprésente mais peu importe car au final elle participe au pathétisme émouvant de ce long métrage qui obtint d’ailleurs un excellent accueil, ne recevant rien de moins que la Palme d’Or au festival de Cannes 2000, et plus spécifiquement un prix d’interprétation féminine pour Björk. Définitivement un film à voir ou à revoir.

Auteur·rice

Vous détestez m'aimer, vous aimeriez me détester. Philosophe du dimanche (mais seulement du dimanche), on m'appellera bientôt le Claude Lantier du XXI° siècle. Sinon wallah moi ça va tranquille.

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