ART

Le Pop Art, entre reflet et ironie

Andy Warhol, Roy Lichtenstein, piliers de l’art, aujourd’hui connus de tous et reproduits par tous. Exposés à New York, Paris ou encore Berlin, ces figures esthétiques ont révolutionné l’art du 20eme siècle, forgeant le paysage esthétique d’aujourd’hui. Toutefois, ces modèles esthétiques entrent dans un cadre politique, social et économique. Émergeant dans les années 1950 en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis, le pop art reflète la nouvelle ère de consommation : les objets produits en série, les bandes dessinées ou encore les publicités deviennent des objets artistiques à part entière. L’objet, dans sa matérialité, devient le centre de l’étude pour l’artiste. Le contexte de l’objet n’a plus sa place, seule sa contemplation à travers l’œil du spectateur est importante.

Les années 1950 sont, dans le monde occidental, des années de croissance et de prospérité. L’objet fabriqué en série fait partie du quotidien des citoyens. C’est dans ce contexte économique que le pop art émerge. Cependant, la grande différence entre la Grande-Bretagne et les USA est dans sa compréhension : en Amérique, le pop art reflète une certaine ironie, un certain côté impersonnel pour mieux faire ressortir le matériel, le personnel en rejetant l’expressionnisme abstrait, mot d’ordre du dadaïsme. En Grande-Bretagne, largement influencée par les Etats-Unis, ce courant artistique met surtout en avant la « double personnalité » de l’Amérique, son paradoxe, avec d’un côté son essor économique et de l’autre cette certaine ironie qui plane dans l’air : ils utilisaient l’ironie pour marquer d’un côté une grande richesse culturelle, mais de l’autre comment cette même prospérité arrive à contrôler le quotidien des citoyens, dans leur style de vie de plus en plus uniforme. Cependant, la Grande-Bretagne, plus académique, n’a vu les Etats-Unis et son essor que de loin, ne pouvant le juger que de façon finalement assez abstraite, alors que ceux vivant au jour le jour cet essor, tirent de leur quotidien leurs sujets, leur ironie et leur art. Là où le pop art tranche radicalement avec ses ancêtres (le dadaïsme), est dans son impulsion. Lorsque le mouvement Dada se met en avant comme un mouvement anarchique, assez destructeur et satirique de la société, le pop art ne prend que de façon détachée les objets de la vie quotidienne, façonnés par la société actuelle de consommation. Il est toutefois important de préciser que le pop art tire majoritairement son origine en Grande-Bretagne au début des années 1950, et que les USA n’ont suivi que quelques années plus tard, vers la fin des années 1950.

En France, la figure majeure de ce renouveau artistique fut bien entendu Marcel Duchamp, bien que précurseur du pop art et de tout l’art contemporain, avec son concept de « ready-made » qui bouleversa toutes les institutions artistiques françaises. C’est avec Marcel Duchamp que la rupture s’impose entre l’héritage des Beaux-Arts (avec les formes d’expressions classiques, sculptures, peintures…) et le renouveau complet, utilisant l’abstrait complet (une mise en scène, un regard, des mouvements…) pour faire passer un message ou pour s’exprimer.

Le pop art, en utilisant les objets de la vie quotidienne, à première vue sans intérêt, montre l’évolution de notre société, au jour le jour. Cette évolution peut être vue sous un regard assez ironique ou sous un regard tout simplement contemplateur, reflétant la réalité. Le pop art est à comprendre comme une réaction face à l’homogénéité qui s’impose de plus en plus au sein des sociétés, consommant les mêmes choses au même tempo obligeant alors un certain conformisme. L’art reflète l’époque dans laquelle il émerge, tout en la critiquant ou l’idéalisant.

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