ART

L’autre face de Roy Lichtenstein

Certains sont plutôt Warhol et d’autres Lichtenstein. Ceux de la seconde catégorie n’auront pas pu passer au travers des mailles de l’exposition du grand artiste à Beaubourg, qui a débuté le 3 juillet dernier et qui se terminera le 4 novembre 2013. Mais qu’est-ce qu’elle vaut vraiment, cette rétrospective dont on parle tant ?

De l’artiste, on connaît surtout ses figures féminines, tout en couleurs, comme sorties d’un comics, où des phrases prises dans une IMG_1927bulle, expliquent la scène et marquent l’esprit. Celles si sont le parfait exemple de l’essence du maître pop art, mais pas que …

L’entrée se fait dans les murs froids et blancs d’une première pièce, où chaque tableau en noir et blanc étonnent. Rien n’est semblable à ce à quoi manuels et histoire de l’art nous ont habitué. On pénètre donc dans l’inconnu pour commencer notre quête d’un artiste aux multiples facettes.
Entre une vitre en verre on discerne à première vue une tasse peinte, mais à côté une note explique que ce n’est pas une tasse mais une sculpture de tasse et qu’on ne peut discerner l’objet de l’œuvre si ce n’est grâce aux motifs apposés. Voilà une belle définition du pop art. La part belle au détournement d’objets quotidiens, et leur utilisation dans un domaine artistique, qui s’ajoute au fait que l’on ait du mal à différencier toutes ces subtilités.
En face une explosion de couleurs se jette à notre figure, on pense revoir le Lichtenstein de notre enfance, mais non. Son talent dissimule encore bien des aspects de son travail. Des trompe l’œil d’abord, et puis sa capacité à remettre certains de ses tableaux en abyme dans un autre contexte afin de nous en donner un autre regard. La disposition de l’exposition donne l’illusion de toucher le chez-lui de l’américain, et puis les croquis disposés à côté nous permettent d’approcher son processus de création et d’enfin pouvoir un peu l’étudier.

Un autre virage, une autre ambiance. Des femmes à toutes les sauces, toutes les couleurs qui nous sont bien connues. Les voyageurs y verront même les emprunts au MoMa, ces fameuses toiles ! Une attire plus, car l’idiome, on le vit. Et oui, Roy Fox Lichtenstein est venu à Paris en 1945 et maîtrise notre langue. On peut donc lire sur Crack, représentant une belle femme, béret rouge vissé sur le crâne et fusil à la main, en train de tirer, dire “Mes petits pour la France“. De l’autre côté on observe une blonde sur fond bleu pleurer et l’on se dit qu’il était bien précis l’homme derrière tout ça. Rien ne dépasse, tout est lisse, presque parfait. Les visages sont expressifs et d’une beauté irréelle, ils n’ont même pas besoin de paroles, on comprend le message qu’ils veulent faire passer.

Un autre espace encore, et un tableau retient l’attention, du bleu, un coup de pinceau jaune, et une question : est-ce la déconstruction de la blonde comme extirpée d’une planche de bande-dessinée dans la pièce d’à côté ? Ou est-ce que le jaune et le bleu sont une des obsession de l’artiste ? Les deux sont possibles mis à part, mais peut être que les deux se valent ensemble. Plus qu’une déconstruction du précédent tableau, c’est plus au procédé de construction qu’il nous initie. Le “brushtroke” (coup de pinceau) est pour Lichtenstein un symbole récurrent, puisque sans lui l’art n’est pas. Le geste prévaudrait et pourtant avec Roy, il nous est invisible comme inexistant. À la moitié de notre parcours l’intérêt grandi. Lichtenstein a été beaucoup inspiré par d’autres peintres, de Picasso à Léger en passant par Mondrian ou Cézanne, on fait alors face à de multiples réinterprétations, reconstitutions, reproductions ou explications (en plusieurs toiles) de leurs œuvres qui traduisent le grand talent de l’inspiré. On a l’impression qu’à travers ce processus il veut les simplifier, et les diffuser le plus possible afin de les rendre plus accessible, de leur donner le statut de popular cultur finalement. Au-delà de ces grands noms, ce sont surtout les mouvements qu’il paraît vouloir rendre familiers aux yeux du grand public. Le principe de culture pour tous a trouvé son défenseur.

IMG_1932Henri Matisse a un emplacement réservé, puisque pendant quelques années l’américain s’est penché ardemment sur ses travaux pour recréer ses propres œuvres en fonction de celles que son prédécesseur avait déjà laissé, un hommage en quelque sorte. Roy Lichtenstein renvoie une image intéressante, de l’artiste empreint de la culture de ses aînées et pourtant conscient de son époque. Divers matériaux et supports lui livrent un terrain de jeu d’envergure pour son talent débordant. Que ce soit sur de la porcelaine, du bronze, du plastique ou une serviette de plage, il excelle. La même impression se dégage tout le temps, et c’est même lui qui la dépeint le mieux : “Je veux que mon tableau ait l’air d’avoir été programmé, je veux cacher la trace de ma main”. L’effet est réussi et pas seulement avec ses toiles.

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Quelques nus (toujours féminins) et enfin quelques paysages tout en points, qui ne sont pas sans évoquer la peinture chinoise, et l’exposition se clôt. Seule déception au tableau, c’était bien trop tôt.

Auteur·rice

En amour avec la diversité artistique, immergée dans les images et les sonorités, en quête d'une fameuse culture hybride, à la croisée des idées. Sur la route et sur les rails, entre la France et les festivals.

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