SOCIÉTÉ

Extrême-droite : les raisons de la colère

Jeunesse Nationale Révolutionnaire, Génération Identitaire, Troisième Voie… Ces organisations restent assez obscures et ne vous disent sûrement rien mais elles sont au cœur de l’actualité depuis l’agression qui a coûté la vie du jeune militant antifasciste Clément Méric le 5 juin dernier.

Ils ont fait la Une de tous les journaux télévisés ces dernières semaines. Mais les groupuscules d’extrême-droite restent assez méconnus du grand public. Malgré tout, ils sont prêts à réaliser une action coup de poing à tout moment. Cet emballement médiatique autour de l’extrême-droite française a été provoqué par la mort du militant antifasciste Clément Méric le 5 juin dernier, sous le poids des coups de militants appartenant au mouvement des Jeunesses Nationales Révolutionnaires (JNR). Esteban M., le skin accusé d’avoir donné le coup mortel, a été mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner. Le gouvernement a alors réagi dans la foulée, le Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault, ayant enclenché une procédure visant à dissoudre les JNR et le mouvement Troisième Voie qui lui est affilié.

Combien sont-ils ?

L’estimation la plus courante du nombre d’adhérents aux groupuscules de l’extrême-droite radicale serait d’environ 3 000 membres. Mais le mouvement est caractérisé par une très forte autonomie. Il y a ainsi de nombreux « électrons libres » qui, comme ce fût le cas lors des affrontements qui ont émaillé la fin de la dernière manifestation contre le mariage pour tous, se greffent au reste du groupe. Ces individus ne sont pas forcément violents individuellement ; l’effet de groupe y joue alors pour beaucoup.

Qui sont-ils et pourquoi cet engagement ?

Les militants de ces organisations sont le plus souvent des jeunes, et pour eux la violence constitue un moyen d’action comme les autres. Une violence encore justifiée par Fabrice Robert, leader du mouvement du Bloc Identitaire, dont l’un des derniers faits d’armes est d’avoir investi la terrasse du siège du Parti Socialiste, Rue de Solferino, le 26 mai dernier lors de la dernière manifestation d’envergure contre le mariage pour tous, déployant alors une banderole « Hollande démission » : « la violence politique est une juste et impérieuse nécessité (…), l’une des méthodes les plus efficaces qui s’offre aux minorités politiques pour faire entendre leur message  ». C’est d’ailleurs pour cette raison qu’à travers l’histoire de la Vème République, de nombreux mouvements de ce type ont été dissous par le pouvoir. En 2002, cela avait été le cas d’Unité Radicale, un groupuscule dont faisait partie Maxime Brunerie, un jeune homme qui avait tenté en juillet 2002 d’attenter à la vie du Président d’alors, Jacques Chirac.

Le profil de ces jeunes a tendance à devenir plus populaire. On n’en est plus aux années 1980, quand le GUD (Groupe Union Défense), un syndicat étudiant dont les activités à base d’agressions antisémites et de coups de barres de fer, se développait surtout à partir de la bourgeoise université de Panthéon-Assas, à Paris. Ce sont surtout de nos jours des jeunes paumés, en déshérence, qui sont en quête de repères structurants. Ils sont quasiment exclusivement blancs, ils se considèrent comme des laissés pour compte des autorités étatiques et conçoivent dès lors, dans une recherche de boucs émissaires, une haine féroce envers les minorités : les immigrés, les homosexuels et les mouvements qu’ils considèrent comme les défendant, ceux appartenant à la gauche. Ces mouvements prennent la forme d’un néonazisme qui se teinte surtout d’une idée de suprématie de la « race blanche » par rapport à toutes les autres.

Un vocabulaire guerrier.

La notion de guerre contre un système est prédominante dans leur discours. Pour un groupe comme Génération Identitaire, il faut lutter contre le délitement des valeurs traditionnelles qui se diluent par l’immigration et le métissage. Leur ligne politique s’exprime par une « déclaration de guerre ». Pour ce groupe, le point de départ de cette perte de repères tient aux événements de Mai 68, un mouvement « qui prétendait vouloir nous émanciper du poids des traditions, du savoir, et de l’autorité à l’école mais qui s’est d’abord émancipé de ses propres responsabilités ».

Il n’y a pas que le vocabulaire qui est guerrier, les attitudes aussi. Treillis et Rangers sont ainsi de sortie tous les 9 mai, rue de Rivoli à Paris, qui constitue la grand-messe rassemblant de nombreux groupuscules d’extrême-droite dans le but de commémorer la mort du militant Sébastien Deyzieu, en mai 1994. Celui-ci était tombé d’un immeuble alors qu’il était pourchassé par la police durant une manifestation contre « l’impérialisme américain » qui avait été interdite par la préfecture. Le culte des martyrs en somme.

Malgré cette apparence d’union, l’extrême-droite radicale se caractérise par une fragmentation de plus en plus importante et une mésentente profonde entre les différents groupuscules.

Nationalisme et anticapitalisme.

Le spectre des influences de ces différents groupes est important. Ainsi, L’œuvre Française s’apparente directement au pétainisme, avec l’idée d’une défense virulente des valeurs traditionnelles. Alors que d’autres se concentrent plus sur une doctrine fasciste, comme le Bloc Identitaire ou Troisième Voie qui défendent « le sang et le sol » de la Nation française. En somme, ce sont des mouvements qui sont profondément nationalistes d’où l’attachement à dénoncer toute décision provenant de l’Union Européenne (UE) ou bien à refuser l’immigration. D’où aussi un profond conservatisme, ce qui a ainsi amené de nombreux mouvements d’extrême-droite à montrer le bout de leur nez lors des récentes manifestations organisées contre le mariage pour tous.

Des mouvements qui sont tout autant anticapitalistes, un système économique qui entraînerait l’affaiblissement des nations européennes, sous le joug de la suprématie américaine ; anticapitalisme et anti-impérialisme ont tendance à se brouiller dans la dénonciation du système économique chez ces groupuscules d’extrême-droite. C’est en fait un mouvement du ressenti et du déclassement social et qui de ce fait, a tendance à rejeter avec d’autant plus de virulence l’immigration, dans un monde globalisé. Ce rejet de l’idéologie dominante amène donc ces groupuscules à condamner les partis du gouvernement, que ce soit le Parti Socialiste (PS) ou l’Union pour un Mouvement Populaire (UMP), en cela suivant le discours scandant la pensée du Front National, où les deux partis traditionnels se voient associés par l’acronyme « UMPS ».

Quel rapport avec le Front National (FN) ?

Cela pourrait se résumer par un « je t’aime, moi non plus ! ». Les crânes rasés ont été progressivement éjectés du sein du parti pour en donner une image plus respectable, conformément à la stratégie de “dédiabolisation” mise en place depuis l’intronisation de Marine Le Pen à la tête du parti en janvier 2011. Ce qui a entraîné le départ des éléments les plus radicaux du parti frontiste et a contribué à une recrudescence sensible des adhérents aux groupuscules plus radicaux. Des groupuscules qui sont éloignés d’un revers de la main à chaque dérive. Ainsi, Marine Le Pen n’a pas désapprouvé la procédure de dissolution intentée contre les JNR ou Troisième Voie suite à l’agression de Clément Méric.

Le FN a d’ailleurs pu montrer sa bonne volonté et sa condamnation des actes de ces groupes les plus radicaux par le passé, comme lors de la noyade du jeune marocain Brahim Bouarram le 1er mai 1995, poussé dans la Seine par un groupe de skinheads. Des assassins qui provenaient tout droit des rangs de la manifestation annuelle organisée par le parti frontiste en l’honneur de Jeanne d’Arc. C’était alors le témoignage du directeur du service de sécurité du FN, Bernard Courcelle qui avait été décisif dans la condamnation des agresseurs.

Malgré la façade respectable que Marine Le Pen souhaite donner à son parti, il n’y a pas besoin de gratter beaucoup le vernis pour se rendre compte que les gros bras, amateurs de bastons, sont encore là. Encore en 2012, ce sont des membres du JNR, mouvement directement lié à la mort de Clément Méric, qui tenaient lieu de service d’ordre au défilé en l’honneur de Jeanne d’Arc…

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