CINÉMA

Spring Breakers

Film attendu et fantasmé, peut-être autant que Django Unchained, ma curiosité a été titillée, dès que j’en ai entendu parler. Cela s’explique par les choix artistiques d’Harmony Korine pour son cinquième long métrage en tant que réalisateur mais aussi par les critiques, loin d’être à l’unisson et écrites presque exclusivement par la gent masculine.

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Spring Breakers se déroule logiquement lors d’un Spring Break, moment à part, presque irréel, d’une semaine ou deux où les étudiants par tous les moyens possibles tentent d’oublier leur routine. Candy (Vanessa Hudgens), Faith (Selena Gomez), Cotty (Rachel Korine) et Brit (Ashley Benson), sont quatre amies d’enfance voulant échapper à leur quotidien fade et sans grand intérêt. Fauchées et désespérées, trois d’entre elles braquent un fast food, premier acte non dénué d’intérêt, comme une annonce des événements à suivre.

De la même façon que Kids de Larry Clark a marqué sa génération, Spring Breakers illustre les vices de la nôtre, où certains adolescents blasés n’ont plus peur de réaliser ce que les médias et la pop culture nous retransmettent, comme s’adonner à une déchéance poussée à la MTV, où faire une pause rime avec se mettre la tête à l’envers pour tout oublier. Deux mots prononcés par Candy résument à eux seuls l’état d’esprit des jeunes filles : “video game“. Tout leur périple a vraiment l’air d’être vécu comme un jeu vidéo, extrait de leur réalité minable, et en permanence sous adrénaline. A partir du moment où elles se font arrêter, le film accélère encore un peu la cadence et une certaine tension s’installe peu à peu. Spring Breakers prend alors une tournure plus sombre, oppressante, qui nous met dans l’attente permanente de ce qui va arriver. On prend en pleine face l’envers de ces stations balnéaires qui ne vivent vraiment qu’une partie de l’année. Des moments d’euphorie viennent nuancer cette atmosphère, entre fous rire, et tubes de Britney Spears à l’image de la scène improbable où James Franco reprend Everytime de la chanteuse au piano, entouré d’armes et les doigts empreints de sang, un coucher de soleil en fond.

La complexité des protagonistes occupe une place importante de la ballade. Sous leurs traits de gamines délurées, les Spring Breakeuses se révèlent être des dures à cuire que rien n’arrête et qui vont jusqu’à inverser les rapports de force traditionnels masculin/féminin, s’évertuant dans l’art de la lutte armée.
James Franco s’illustre particulièrement dans le rôle d’Alien où il est presque méconnaissable, quant aux quatre actrices, elles paraissent immergées jusqu’aux pointes de leurs cheveux dans leurs rôles, qui forment un réel décalage avec l’image que certaines véhiculaient. Les ATL Twins, jouant les hommes de mains d’Alien sont particulièrement inquiétants et renforcent le malaise qui règne pendant au moins les trois quarts de l’œuvre cinématographique.
Harmony Korine signe aussi un film à l’esthétique époustouflante et ce dès l’apparition du titre en lettres lumineuses, aux couleurs acidulées qui resteront présentes même dans les moments les plus obscurs. Une image au moins, un instant, une seconde même marque votre esprit à vif par sa “perfection” due à sa contradiction.
Amateurs de cinéma indépendant et de sensations fortes allez-y !

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Auteur·rice

En amour avec la diversité artistique, immergée dans les images et les sonorités, en quête d'une fameuse culture hybride, à la croisée des idées. Sur la route et sur les rails, entre la France et les festivals.

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