CINÉMA

Les amours imaginaires

Dans le dernier numéro de Maze, nous vous avions parlé de Laurence Anyways, le dernier film de Xavier Dolan traitant de la transsexualité d’un point de vue intimiste et authentique. 23 ans et déjà 3 films à son actif (les 3 ont été sélectionné à Cannes, dont Laurence Anyways ressorti primé dans Un certain regard ) , Xavier Dolan fait partit de ces jeunes prodiges du cinéma. Il a écrit le scénario de son premier film autobiographique déjà très prometteur, J’ai tué ma mère à 16 ans et l’a réalisé à 19 ans, et a été sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs lors du Festival de Cannes 2009.  Il a 21 ans quand il a réalisé son second film : Les amours imaginaires. Cette fois, C’est l’histoire de deux amis, Francis et Marie, qui tombe en même temps amoureux de la même personne, Nicolas, et se livrent un duel malsain pour essayer de conquérir le bel étalon.

Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri) ont égarés leur âme en pleine folie amoureuse, jusqu’à en oublier l’amitié qu’ils les unissaient l’un à l’autre. Leur problème ? Nicolas (Niels Schneider), une sorte de divinité aux cheveux blonds bouclés, en plus de sa beauté enivrante, il se révèle être cultivé et insaisissable. De sorte, comme un aimant, il attire terrible et sépare les deux amis. Au fil du film, Nicolas devient la convoitise suprême de Francis et de Marie, il est celui que l’on ne peut s’empêcher de dévorer du regard,  il est celui que l’on désire avec ardeur, il est celui que l’on pense aimer passionnément puisque forcément à un moment le désir devient si fort que l’on le confond avec l’amour. Nicolas, conscient de son magnétisme, en abuse avec une certaine perversité. Désinvolte et insouciant, il les encourage dans leur psychose amoureuse dans un « Qui m’aime me suive ! » A croire que cette situation lui correspond. En effet, qui n’aime pas être l’objet de toutes les convoitises ? Qui n’aime pas se sentir aimé de tout part sans même avoir fait le moindre effort ? Qui n’aimerait pas posséder son charisme naturel et naturellement destructeur ? La tension monte de rendez-vous en rendez-vous et, très vite chacun interprète de manière obsessionnelle les comportements ambigus et destructeurs de l’objet de leur désir, Nicolas.

Ces histoires sont vouées à l’échec et condamnées à un éternel recommencement. On notera qu’il suffit d’une brève apparition de Louis Garrel (cette fois, c’est une divinité aux cheveux bruns bouclés) dans un coin sombre lors d’une fête pour des petites barres supplémentaires viennent noircir le  mur de salle de bain de Francis. Par cette esquisse se dessine le cercle vicieux des désillusions amoureuses mais si l’on peut facilement se laisser aller à nos amours imaginaires, l’on peut aussi songer à l’arrivé prochaine de l’âge de raison, et qu’atterrisse avec lui, l’espoir des amours véritables. 

Dolan possède une faculté propre à une poignée de prodiges du  7ème Art, cette habilité à rendre sur écran quelque chose d’aussi personnel et d’aussi intangible que l(es)’amour(s) imaginaire(s), celui qui se construit au fil de notre imagination débordante et qui accélère de manière aussi incompréhensible qu’impressionnante nos battements de cœurs (petit clin d’œil au titre anglais du film : Heartbeats). Fidèle à lui-même, Dolan nous offre de nouveau une expérience unique à la tension dramatique authentique et palpable, une expérience haute en couleurs, énigmatique et sublime. On l’aura beau répéter, il n’en sera jamais assez, Les amours imaginaires est étourdissant de beauté. Le film est entrecoupés par des mini interviews, ces témoignages frappent par leur réalisme et traitent des paradoxes et de la complexité qu’est d’aimer et d’être aimé.

Quoi que l’on en dise, Dolan possède un sens cinématographique indéniable, ses photographies sont éclatants de beauté et deviennent des véritables œuvres à part entière de même, la lumière est très travaillés et la bande son absolument démente. La scène de l’anniversaire en slow motion notamment est jouissive ! Certains diront que son esthétisme est très prétentieux et artificiel, et c’est là que l’on se rend compte que même les prodiges n’ont pas le pouvoir de plaire à tout le monde, et tant mieux puisque les  grands films ont toujours suscité les controverses. A travers de gracieux portraits, Les amours imaginaires nous offre une brillante illustration des amours à sens unique empreinte d’une lenteur planante à la Wong Kar Wai et d’un sens du détail remarquable.

Les amours imaginaires ne se contentent pas seulement de traiter du thème lié à l’objet du désir, puisque le film devient en soi un véritable amant en projetant aux spectateurs rêveries ardentes et fantasmes inavoués. Ainsi, le talent de Xavier Dolan est lui, très loin d’être imaginaire !

Les amours imaginaires, réalisé par X. Dolan. disponible en DVD, à voir ou à revoir sans hésiter

Auteur·rice

"Ethique est esthétique." Paul Vecchiali

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